BELGIQUE ET HOLLANDE
" Maintenant que nous avons vu comment seraient traités nos adversaires de l'Ouest de l'Europe, il convient d'expliquer quelle attitude il conviendrait de prendre vis-à-vis de la Belgique et de la Hollande. Quand nous parlions, jusqu'à présent, de ces deux voisins, il semblait que nous nous préoccupions en quelque sorte de leurs rapports avec nous, comme si nous devions rester toujours et toujours passifs et que ces petits Etats pussent diriger à leur gré ces relations. Il n'existerait donc aucune réciprocité entre le Grand Etat et le petit Etat ; le petit Etat serait même libre de leur donner un ton amical ou non, à son gré. Il est incompréhensible que notre politique ait pu se montrer aussi patiente à l'égard de nos petits voisins, à ce point que les pangermanistes eux-mêmes semblent observer, à leur égard, la même retenue,
" A mon sens, il est grand temps de cesser cette politique de patience et de la remplacer par une politique plus active, dans laquelle l'idée de force jouerait un rôle.
" Le mot de Henri de Treitschke : " Les sociétés organisées deviendront toujours plus aristocratiques ", ne paraît pas, malgré sa profonde vérité, être entré dans la pratique politique, car que de chose ne laisse-t-on pas commettre aux Etats infimes comme la Serbie ou les républiques de bandits de l'Amérique du Sud ! Pourtant ce mot trouvera sa réalisation, du fait de la prochaine guerre.
LES OKiaiNES DU CONFLIT EUROPÉEN 47
" En ce qui concerne la Belgique et la Hollande, ces deux nations doivent avoir pleine conscience que la prochaine guerre décidera de leur avenir. Du train dont les choses vont en Europe, on peut dire carrément que les petits Etats ont perdu par cela même leur droit d'exister, car un Etat ne saurait faire valoir ses droits à l'indépendance que s'il peut les défendre le glaive à la main.
" Dans les deux pays, on reconnaît l'importance qu'aura la prochaine guerre, mais il me semble — tant le monde est gouverné sans sagesse — qu'ils ont plutôt une tendance à rechercher leur intérêt du côté des adversaires de l'Empire allemand que de l'autre côté. Nous ne voulons point tomber dans le sentimentalisme et parler " du rameau bas-allemand de même sang germanique "; ils nous seront aussi chers, s'ils se libèrent de leur haine imbécile contre l'Allemagne, que les Hauts- Allemands de l'Alsace avec leur inexplicable hostilité ; ce n'est pas la parenté du sang, mais leur intérêt, leur égoïsme bien compris qui devraient rapprocher la Belgique et la Hollande de l'Allemagne. Car nous garantissons Vexistence politique de ces deuœ Etats, bien que réduite et rattachée à l'Empire allemand, tandis qu'ils ont à redouter leur complet anéantissement politique si nous devions être vaincus.
" Il est fort probable — à considérer simplement les gouvernements des deux petits Etats, leur représentation au Parlement et leur presse qui s'opposent à tout ce qui est allemand — qu'ayant à choisir un jour entre l'Allemagne ou la France et l'Angleterre, ils opteront finalement pour celles-ci, suivant ici l'exemple donné
en 1866 par le Hanovre, la Hesse, le Nassau, lors du conflit austro-prussien. Ils ne s'étonneront donc pas que les conséquences soient les mêmes.
" Disons pourtant très nettement que Vannexion de la Belgique et de la Hollande ne saurait, en aucun cas, nous faire plaisir. La population de la Hollande est desséchée à tel point par des siècles de vie " rétrécie ", d'existence de petite ville et elle est devenue si égoïste et, pour une part, si dévergondée sous ce régime d'épiciers au cerveau vide, que son admission à participer de plus près à l'existence de l'Empire n'est nullement désirable; on est en droit de se demander si ces gens pourraient, par une vie commune avec un grand Etat, être ramenés à la décence, à l'esprit de discipline et de sacrifice.
"On peut en dire autant de la Belgique, bien que pour d'autres motifs : sa population a été pourrie par le régime clérical et, partout où le cléricalisme ne règne pas en maître, elle est minée par les théories socialistes. Bref, ce sont là des gens dont l'annexion à l'Empire ne saurait être bien accueillie. Le mouvement flamingant ne change rien à la chose, car ses succès n'existent que sur le papier, et les Welsches (Wallons) tiennent toujours le haut du pavé. Ils gouvernent l'Etat, leurs sympathies font loi et les Flamands opinent du bonnet.
" Ceci prouve, pour qui connaît la Belgique et la Hollande, qu'il n'y a nullement lieu de s'enthousiasmer pour elles. Si malgré tout, nous nous voyions dans l'obligation, sous une forme ou une autre, de nous adjoindre ces deux pays, la chose ne se fera pas à cause de leurs
habitants, mais contre eux et sous le coup de la nécessité.
" fl est absolument impossible que nous laissions les bouches du Rhin sous la domination ou même sous l'influence franco-anglaise, d'autant plus qu'il est déjà illogique qu'aujourd'hui encore l'Allemagne ne possède pas sa ligne de transit la plus importante; il nous est impossible de laisser tomber les côtes de la mer du Nord aux mains des Etats ennemis; il nous est impossible de laisser subsister à notre frontière nord-ouest deux petits Etats qui ne possèdent aucun moyen de défense contre une violation de leur neutralité par l'Angleterre et la France, et qui au contraire dans le cas d'une vis haud ingrata se joindraient à nos ennemis et leur fourniraient des points d'appui.
" Partant nous devrons, dès que notre antagonisme avec l'Angleterre et la France, — ou avec une seule de ces nations, — donnera naissance à un conflit armé, mettre la Hollande et la Belgique en demeure de choisir entre nos adversaires et nous. Si, écoutant la voix de la raison, ces deux Etats se déterminent en notre faveur, nous leur assurerons leur indépendance au même titre que celle des autres Etats confédérés de l'Empire allemand; s'ils passent à l'ennemi, nous les annexerons purement et simplement, — le tout en prévision de la victoire des armées allemandes . . .
" Dans le cas de l'annexion, ce serait l'incorporation à la Prusse, de façon que ces deux nouvelles provinces sachent que nous n'avons pas oublié les leçons que nous a values la résistance des Danois, des Polonais, et des
Alsaciens-Lorrains. Dans le premier cas, la forme de l'adjonction de ces deux nouveaux Etats confédérés serait faite d'après les principes de la constitution de l'empire, en spécifiant par exemple que la situation des nouveaux Etats, quant à la défense sur terre et sur mer, ne serait pas moins sauvegardée que celle de la Bavière, et en leur laissant une autonomie intérieure des plus grandes. Leurs colonies seraient soumises à l'administration de l'Empire, qui par contre supporterait les charges y afférentes. De cette manière, les colonies belges et hollandaises, qui sont beaucoup trop grandes pour de si petits Etats, pourraient être développées suivant leur valeur.
" Si les choses en arrivaient là, les fautes des Habsbourg et du Congrès de Vienne seraient enfin rachetées, et le peuple allemand aurait ainsi reconquis, — sans enthousiasme, sans sentimentalisme et sans illusion, — ses anciennes possessions sur les rives de la mer du Nord.
" Il faut, par ailleurs, songer que, d'après notre point de vue et d'après ce que nous avons dit plus haut concernant la France, il serait temps d'en arriver au règlement définitif de notre différend avec la France, règlement qui ne saurait tarder.
" Ce que nous venons d'exposer ici,, concernant nos deux petits voisins, peut leur paraître dur à entendre, mais je me place exclusivement sur le terrain des faits, et non de la sympathie, donnant, somme toute, en ces questions l'exposé de théories qui pénètrent aujourd'hui dans certains cercles bien informés et très cultivés de Hollande et de Belgique.
" Comme preuve, je puis rappeler la rencontre que je fis récemment d'un officier supérieur hollandais, homme très intelligent et énergique. Il m'exposa ses idées sur le développement futur des relations de la Hollande et de l'Allemagne en expliquant les motifs qui les lui avaient fait adopter. Lorsqu'il eut terminé, je ne sus que lui répondre qu'il venait, mot pour mot, d'exprimer ma propre opinion et j'ai la satisfaction aujourd'hui de communiquer à un plus grand cercle de lecteurs les pensées de cet officier liollandais, dont la claire vision ne se faisait aucune illusion sur le sort de sa patrie.
" Il reste hors de cause que si un événement de ce genre (adjonction à l'Allemagne) devait se produire, la langue hollandaise resterait inviolable; en Belgique, on donnerait le pas au flamand et l'allemand ne serait de rigueur que dans l'armée.
" Et ce seraient nous, les Allemands de l'Empire, qui donnerions ainsi à ces déclassés la possibilité de pratiquer à nouveau une politique féconde et active.