L'ACCUEIL DE NEW-YORK
PAR M. Paul Fuller
C'est une douce tâche qui m'incombe, de vous souhaiter la bienvenue au seuil de ce grand pays que vous honorez de votre présence. Vous êtes en pays de connaissance où vous ne trouverez à redire ni l'estime, ni l'amitié pour tout ce qui est vraiment français, et où vous retrouverez de tous côtés le drapeau de la Patrie. Vous le verrez dominant l'Hôpital français, œuvre de la Société française de Bienfaisance, institution déjà séculaire; il fliotte au-dessus de l'Orphelinat français ; il décore la Maison Jeanne d'Arc, où sont débarquées les jeunes exilées de France, à l'abri de la « traite des blanches » ; il couvre de ses larges plis la crèche, école gratuite et salie d'asile, où depuis bientôt vingt ans les Sœurs Marianites soignent journellement quatre cents enfants qui y apprennent, avec leur langue maternelle, l'amour de la Patrie, et enfin, à l'entrée du port, ce même drapeau recouvre la maison de campagne où les vieillards de souche française, terrassés par les ans, trouvent l'adoucissement de leurs jours d'impuissance.
Au souvenir ineffaçable des La Fayette et des Rochambeau et de bien d'autres encore, qui sont venus porter pour nous le coup de grâce dans la lutte inégale de notre nation naissante, s'ajoute la tradition d'une longue et fidèle amitié, et la dette toujours croissante dont nous vous sommes redevables dans les domaines de l'art, de la littérature et de la science.
L'Alliance française, l'Institut français et, de plus grande envergure, le Comité France-Amérique, font foi de l'enthousiasme de nos compatriotes à recueillir les riches semences de votre pays.
(il Discours prononcé à New-York le i-j avril ic)i2.
Cela réchauffe le cœur, Messieurs, de recevoir chez nous une telle députation, Télite de votre pays, l'Administration, TArmée, la Pacification, la Science terrestre et aérienne, l'Histoire, TArt et la Littérature se donnant la main pour rendre hommage au soldat, à l'homme d'action, à l'intrépide et persévérant explorateur qui, il y a trois siècles, a élargi les frontières de son pays au delà des océans, pour y créer sur les bases de la civilisation française cette Nouvelle France qui, malgré tout, dure toujours.
Il est de bon augure l'honneur ainsi fait à l'homme qui n'avait pas « la peur de vivre », et qui, « de toute son âme », s'est dévoué à l'agrandissement de son pays, sans souci d'assurer son avenir, sans souci de son bien-être personnel.
Il reste encore de Nouvelles Frances à créer, il y a encore lieu de pousser en avant les frontières, sinon de la France géographique, mais ce qui importe bien plus, de la France idéale, de la France artistique, littéraire, scientifique, artisane, commerciale, en un mot, de la France civilisatrice. Pour cette grande œuvre, c'est vous, Messieurs, qui serez les nouveaux Champlain, et votre féconde patrie vous suscitera des adjoints et des successeurs qui, tous, trouveront chez nous le même reconnaissant accueil dont, pendant votre trop court séjour, vous allez être témoins.
M. n'ESTOURNELI.ES de CONSTANT
Planche 3