DANS LA CAPITALE DES ETA TS-UNIS
Le 28 avril, la Délégation Champlain partit pour Washington, où elle fut reçue officiellement; saluée à la gare par iM. Chandler Haie, secrétaire adjoint au département des Atîaires étrangères, par l'aide de camp du président Taft et par M. Peretti de la Rocca, conseiller de l'Ambassade de France, elle fut le lundi l'hôte du président Taft à bord du navire de l'Etat, le Dolphin.
Les couleurs françaises furent hissées au mât du navire et saluées par une salve de dix-neuf coups de canon : la délégation remonta le Potomac pour aller visiter Mount-Vernon, la demeure de Washington, et déposer une couronne sur sa tombe. Pendant cette journée, la
i8 LA MISSION CHAMPLAIN
délégation fut accompagnée par le ministre de la Guerre et M""' Stimson, le secrétaire adjoint à la guerre et M""^ Oliver, le chef de Tétatmajor général et M"" Wood, MM. Chandler Haie, Henry White, ancien ambassadeur en France, le colonel Bailly-Blanchard et de nombreuses personnalités de la société diplomatique, gouvernementale et militaire de Washington; après la visite, un lunch fut servi à bord et l'aviso ramena à Washington la délégation; à 5 heures, M. l'ambassadeur Jusserand donna en son honneur une grande réception à l'Ambassade de France ; puis elle rendit visite auNational Press Club, le grand club de la Presse des Etats-Unis, où, haranguée en français par un rédacteur du World, M. Hall, au nom du club, la délégation répondit par la voix de MM. Hanotaux et Gaston Deschamps. Le soir, l'ambassadeur de France réunit à sa table la délégation et le président de celle-ci exprima en ces termes les remerciements de la délégation :
Puisque vous avez eu l'initiative du voyage de la délégation, permettez-moi de vous exprimer la reconnaissance que nous éprouvons de l'admirable et splendide hospitalité que nous recevons en terre américaine.
Nous sommes émus jusqu'au fond du cœur. Tout dépasse ce que nous avions rêvé et nous ne pouvons que vous prier de dire merci à tous en notre nom.
Et vous, Madame, permettez à un ancien ami, à un ami fidèle qui était près de vous en une journée inoubliable, de vous manifester aussi ma gratitude et de vous dire chez vous, combien nous sommes heureux, étant ici en France, de nous trouver si bien en Amérique.
Après ce dîner, la délégation fut l'hôte du directeur de la Panamerican Union, M. John Barrett, au siège de l'Union, magnifique demeure, don de M. Andrew Carnegie, où un bal fut donné en son honneur.
Le lendemain 3o avril, la délégation fut reçue dans la matinée à la Chambre des représentants par le speaker, et au Sénat, puis à la Cour suprême. A une heure, elle déjeuna chez M. le président Taft, revenu pour la recevoir, par une attention délicate, du Massachusetts, en pleine campagne électorale. Au déjeuner de laMaison Blancheassistaient notamment le chef de l'état-major général Wood, le sénateur Root, le sénateur Loodge, le chief-justice, etc.. Dans laprès-midi, la mission repartait pour New-York.
Pendant ce trop court séjour, Washington exerça son attrait très vif sur les membres de la délégation; voici comment l'un d'eux,
M. R. Gignoux, Ta décrit : « La ville est comme le salon des Etats- Unis, un salon à la française, du meilleur style d'Ile-de-France; la Maison Blancheyest perdue dans les arbres d'un parc familier, riche et simple comme la propriété d'un grand bourgeois dans une petite ville...
« Non loin de la ville, Mount-Vernon, la résidence de Washington, pieusement conservée et dont tous les objets inanimés ont gardé leur âme. Au sommet d'un vallon doucement gradué au-dessus du fleuve Potomac et dominant avec douceur le paysage quasi tourangeau, c'est une autre Maison Blanche, plus familiale encore et silencieuse. On y voit la petite chambre que La Fayette habita et le lit modeste à rideaux de toile sur lequel mourut Washington, puis les meubles familierset jusqu'au carrosse venu de France... Lamartine, seul, eût raconté cette visite. »