‹ La Mission Champlain aux États-Unis et au Canada, avril-mai 1912Chapitre 23 sur 66 · HARVARD · texte numérisé non relu

HARVARD

PAR M. Etienne Lamy

Rien ne pouvait nous attirer davantage qu'une visiteà la capitale intellectuelle de ce grand pays, à l'Université d'Harvard. Non que pour connaître Harvard il fût nécessaire d'y venir. Sa renommée dispense du voyage, et c'est elle qui parcourt le monde. Elle trouve defidèles admirateurs en France, où vos maîtres ont leur place dans les chaires de notre vieille Sorbonne, tandis que nos professeurs se font entendre ici de vous.

Ce libre échange de l'intelligence a eu, pour l'un de ses plus actifs négociateurs, M. Bacon, hier encore représentant de la République américaine auprès de la République française. Et pourtant, je dois le dire devant lui, à causede lui la Franceaungriefcontre Harvard. Vos suffrages, en l'appelant parmi vous, lui font un devoir de vous consacrer désormais sa vie. Nous ne sommes pas surpris de l'appel que vous lui avez adressé, nous comprenons qu'il ne se dérobe point à un honneur qui le rend à des études chères. iMais si nous sentons ce que vous gagnez à son retour, nous sentons aussi tout ce que nous perdons à son départ, et il faut pour nous consoler la pensée qu'il

(i) Paroles prononcées devant l'Université d'Harvard, le i^^ Mai 1912.

continuera d'être à Harvard l'ambassadeur à vie de l'amitié perpétuelle entre la pensée de nos deux pays.

Nous aurions voulu, Messieurs, répondre à votre hospitalité par des paroles qui ne soient pas trop indignes d'elle. Nous comptions avoir au moins un jour à passer avec vous. Le comité que nous représentons n'a pu disposer que de quelques heures. Nous sommes venus de New-York uniquement pour mettre à la porte d'Harvard une carte de visite, vous marquez notre souvenir, nous notre hommage.

C'est une bonne fortune pour moi d'adresser un salut aux étudiants en histoire. Votre éminent maître le disait tout à l'heure, leur patrie n'a pas les longs siècles qui mesurent la vie d'autres nations. Je suis tenté de lui répondre : tant mieux. Les hommes se servent d'ordinaire du temps pour commettre des fautes, et, jeunes, vous avez eu moins le loisir d'en commettre que les vieux peuples d'Europe. Mais ce ne serait là qu'une moitié de la vérité. Vous avez vécu vite, et votre courte histoire est féconde en grands actes. Hier, à la Bibliothèque de Washington, on nous montrait dans le département des manuscrits, les papiers laissés par vos présidents. Des documents nombreux et peu explorés encore, sur les époques les plus importantes de votre existence nationale, sur la philosophie profonde et le développement original de vos institutions politiques, attendent les historiens. Ces historiens se forment parmi vous et une belle tâche attend ceux qui, amis des pièces certaines et des grands souvenirs, travailleront, en servant la vérité, à la gloire des Etats-Unis. Cette gloire n'a pas de plus respectueux admirateurs que nous. Nous la contemplons ici sous une de ses formes les plus magnifiques. Nous ne l'avons pas assez vue. Je souhaite et j'espère revenir ici, et plus longtemps qu'aujourd'hui, pour vous mieux connaître, c'està-dire pour vous mieux aimer.

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