PAR M. CORMON
Ce m'est un bien grand et inappréciable honneur d'avoir à représenter aujourd'hui notre Ecole française auprès de l'illustre Université d'Harvard.
L'Ecole française, légitimement fière de plusieurs siècles de productions si riches et si variées, considère comme un de ses plus grands titres de gloire d'avoir pu, ainsi que cela eut lieu au xvii% au xvni% et naguère au xiv siècles, servir d'éducatrice aux nations étrangères, où nos contemporains maintenant encore ne renoncent nullement à ce noble rôle. Et vos artistes le savent bien, et nous en sommes fiers et joyeux. Tous les ans nous voyons arriver dans nos écoles, dans nos ateliers, des groupes toujours plus nombreux de jeunes gens intelligents et énergiques qui viennent chez nous apprendre les éléments etlestraditionsde nos artspour les emporter chez vous et leur donner peu à peu le caractère personnel, original qui de jour en jour se révèle et constituera bientôt une puissante Ecole américaine. Vos architectes, peintres, sculpteurs, graveurs présentent actuellement une pléiade nombreuse et solide d'hommes de grande valeur dont nous constatons les vaillants efforts, dont nous admirons les œuvres.
Notre hospitalité, vous le savez, Messieurs, vous est largement ouverte et vous le sera toujours de plus en plus. Envoyez-nous vos jeunes gens, ils seront les bienvenus. Nous leur apprendrons tout ce qu'il nous est donné de leur apprendre, nous veillerons sur leurs premiers pas, sur leurs débuts. Si parmi eux nous trouvons déjà et trouverons de plus en plus des rivaux dangereux, tant mieux. Cela nous obligera nous-mêmes à plus d'efforts et ce sera un bien pour nous. Car c'est de la rivalité, de la lutte vaillante que proviennent les belles actions et les belles œuvres, et ces luttes loyales, salutaires, nous autres Français nous nous estimons assez pour les accepter.
Envoyez-nous donc vos jeunes gens. En nous ils trouveront non seulementles éducateurs qu'ils demandent, mais aussi des amis chaleureux.
(i) Paroles prononcées devant l'Université d'Harvard, le l'f Mai 1912.
Pour terminer, permettez-moi d'adresser à l'Université d'Harvard le salut de l'Académie des Beaux-Arts de France.