UNE VISITE A HARVARD
PAR M. Vidal de la Blache
C'est avec une curiosité respectueuse que nous visitons cette grandeÉcole,laplusanciennedesUniversitésaméricaines; pépinière d'où sont sortis tant d'écrivains, de poètes, d'hommes d'Etat, de diplomates, de penseurs et de philosophes. Je songe à ce William James, que notre Académie des Sciences morales et politiques s'honorait de compterparmi ses membres, etdont la mort prématurée n'a pascausé de moindres regrets dans nos cercles philosophiques de France que dans sa propre patrie. Nous saluons ici la plus illustre des maisons où se forme cette élite intellectuelle, qui est le cerveau de votre grande démocratie. Nous nous associons au sentiment de fierté qu'elle vous inspire. Un jour qu'un de vos explorateurs découvrit dans les montagnes Rocheuses un sommet plus haut et plus fier que les cimes voisines, le nom qui lui vint à l'esprit pour désigner et consacrer sa découverte fut celui de son Université, iïan'artf. Permettezàungéographe de s'associeràcethommage géographique.
En ma qualité de délégué de l'Université de Paris, j'ai le devoir de vous exprimer d'abord combien vivant reste chez nous le souvenir de ceux qui sont venus, depuis plusieurs années déjà, nous apporter la bonne parole d'Harvard. Historiens, littérateurs, philosophes, géographes, savants, ils nous ont appris à apprécier l'originalité de vos méthodes, à suivre jusque dans ses applications pratiques la conception très élevée et très libérale que vous avez de l'enseignement. Nos étudiants, il yaquelquessemainesà peine, étaientfiers d'avoir un de vos professeurs pour guide dans leurs excursions géographiques à travers une de nos provinces de France.
Ces leçons ne seront pas perdues. On dit parfois qu'il est utile pour le bonheur d'un ménage qu'il y ait quelques dittérences de caractère entre les conjoints. Cela rompt la monotonie quotidienne de l'existence ; cela met plus de piquant et d'intérêt dans les relations. Quoi
^'^ism..