‹ La Mission Champlain aux États-Unis et au Canada, avril-mai 1912Chapitre 34 sur 66 · LA REVUE DE PLATTSBURGH · texte numérisé non relu

LA REVUE DE PLATTSBURGH

PAR M. G. Deschamps

Le train, depuis Port-Henry, a longé toute la rive gauclie du lac Champlain. J'aperçois, au passage, des plages de sable doré, des coteaux pleins d'ombre etde feuillage, despinsdontlaverdure brillante étincelle sur Fazur des eaux bleues. Voici l'île Valcour... Quel dommage de ne pouvoir s'arrêter à toutes les stations de ce chemin de fer, jalonné par des villages aux noms français.

Plattsburgh est la dernière ville américaine avant la frontière du Canada. Elle est pleine des souvenirs de la guerre de l'Indépendance. Le gouvernement fédéral des États-Unis yaétabli une forte garnison. Ici encore, des automobiles rapides nous attendent. Le propriétaire d'un de ces véhicules étincelants m'enlève littéralement au seuil de la gare, m'emmène à toute vitesse et me dit, chemin faisant, d'un ton calme et réjoui:

— Je suis Français, monsieur. Voici mon fils Raymond... Nous n'avons qu'une demi-heure pour voir nos gens du pays. Et dame! nous voulons en profiter.

Tout cela est dit avec un savoureux accent de terroir. C'est l'accent de chez nous. . . L'auto stoppe à l'entrée d'un champ de manœuvre où lecinquième régiment d'infanteriede l'armée régulière des États-Unis est rangé en bataille. Le gouvernement américain veut, à cette dernière étape sur son territoire, nous faire un grand honneur que nous devons sans doute à la présence dans la délégation du général Lebon, anciencommandantenchef de notre premier corps d'armée.

Le général prend place sur une estrade en avant de la tribune du public. La musique du régiment joue la Marseillaise, à laquelle succèdent les notes graves de l'hy m ne américain : the Star Spangled Banner. Le maire de Plattsburgh nous adresse, en français, un compliment de bienvenue. La parade commence aussitôt. Très belle présentation des troupes par un jeune colonel, qui manie fort élégamment un cheval fougueux, et qu'entoure un état-major d'officiers vêtus d'un uniforme sobrement rehaussé de galons d'or et d'aiguillettes de soie bleue. Défile impeccable, les sections bien alignées, le pas relevé, lai-

lure très militaire. Au passage du drapeau étoile, tous les assistants se lèvent et se découvrent. Cette scène est encadrée par un fond de montagnes et par la ligne bleue du lac, déjà illuminé de rayons obliques parle déclin du soleil. Après le passage des voitures régimentaires, le colonel, suivi des officiers, s'avance au-devant des tribunes, et d'un geste large, nous salue de l'épce... La nation américaine ne pouvait faire un plus magnifique adieu à une délégation où figurent les descendants de Rochambeau et de LaFayette, et qui appartient à une nation fidèle aux traditions d'une mémorable fraternité d'armes.

Page 1