SALUT A FRANCE-AMÉRIQUE
PAR M. R. Dandurand
France-Amérique! Ces deux mots furent pendant plus de trois siècles si intimement liés, ils s'allient si naturellement dans notre pensée que nous nous étonnons de leur toute récente union.
La France a marqué d'une empreinte ineffaçable tout ce continent, de l'Atlantique au Pacifique. La carte de ce pays nous rappelle son nom sous toutes leslatitudes.Noscheminsdeferpeuventsediriger de l'est à l'ouest, du sud au nord, vers toutes les régions encore inhabitées et toujours ils trouveront la trace d'un Français qui fut là deux siècles avant eux. Demain nos voies ferrées vont atteindre la baie d'Hudson et l'ouvrir à la civilisation. Radisson et des Groseilliers en avaientmontréiechemindès i662etparleurinitiativeavaient provoqué l'établissement de la fameuse Compagnie de la baie d'Hudson.
De même aussi Le Moyne d'Ibervilleaura précédé dedeux cents ans, dans cette mer, les populations qui vont s'y porter. C'est en effet vers 1697 l'J^ ^^ fameux marin canadien écrivait à Louis XIV, au retour de sa troisième et brillante croisière dans ces parages : « Sire, je suis fatigué de prendre la baie d'Hudson ! »
Je ne vous rappellerai pas tous les gestes héroïques et la mission civilisatrice des découvreurs et des fondateurs de ce pays, car ils appartiennent à cette période de l'histoire qui nous est commune. Leurs noms qui ornent nos rues, les monuments élevés chez nous aux plus illustres d'entre eux disent assez quelle place ils gardent dans nos mémoires. La légende de gloire qu'ils nous ont laissée en héritage, leurs exemples, leurs souvenirs, leursenseignements créent entre la France et le Canada des liens qui ne sauraient se briser. Nous avons le culte de notre passé, de vos anciennes traditions demeurées vivaces parmi nous, de vos lois entrées largement dans notre code, de votre langue surtout qui fait l'admiration et l'envie du monde.
S'ily eut une solution de continuité dans l'action de la France en Amérique, il n'y en eut jamais dans la chaleur de nos sentiments pour elle. Sesenfants éloignés, un peu oubliés peut-être, lui ont gardé une affection toujours égale.
ii8 LA MISSION CHAMPLAIN
De même qu'autrefois la France accueillait avec joie la nouvelle qu'il n'y avait plus de Pyrénées, de même le Canada a tressailli d'aise lorsqu'il apprit que l'entente cordiale avait enfin comblé le fossé qui séparait depuis si longtemps nos deux mères-patries. Nulle part plus qu'en ce pays on n'a ressenti les effets bienfaisants de ce rapprochement si longtemps attendu. Les deux races qui se coudoient ici ont été heureuses de voir s'effacer toutes les causes de malentendu qui menaçaient l'avenir et qui gênaientl'expansiond'uneintimité nécessaire entre les membres d'une même famille. Aussi se sont-elles réunies avec empressement ce soir dans un même sentiment de confraternité pour souhaiter la bienvenue la plus cordiale aux illustres Français qui nous honorent de leur visite.
Les Canadiens de toutes origines avaient déjà applaudi à la signature d'un traité de commerce plus large, plus libéral entre leur pays et la France. Ilsdésirent remercier aujourd'hui M. Hanotaux de l'intérêt qu'il porte au développement des relations intellectuelles, commerciales et financières entre nos deux pays. Le fondateur du Comité France-Amérique a su grouper toutes les compétences que lui offrait la Ville Lumière pour assurer le succès de son œuvre. Cette œuvre, M. Hanotaux l'a résumée lui-même en quelques phrases qu'il a signées:
« Il s'est fondé à Paris, disait-il, une institution qui entend se consacreràune œuvre urgente de rapprochement et de sympathie mieux éclairée entre la France et l'Amérique: c'est le Comité France-Amérique... Unir de plus en plus les deux pays, faire mieux connaître l'Amérique à la France et la France à l'Amérique, tel est son programme... Il ne peut s'agir, bien entendu, de pénétration ou d'expansion, mais bien de collaboration et d'accord. Nous avons à emprunter de l'Amérique autant qu'à lui apporter. Si notre civilisation plus ancienne est plus raffinée, comment ne se retournerait-elle pas vers les exemples de vigueur, de réalisme et d'énergie qui lui sont donnés par lejeune Continent. . . La première pensée fut de grouperen France les hommesqui s'intéressent aux Amériques, dans l'espoir de grouper un jour aux Amériques les hommes qui s'intéressent à la France et, si c'était possible, de réunir ces bonnes volontés dispersées en un faisceau qui, parle simple rapprochement, deviendrait une force. »
Le président de France-Amérique a sans doute trouvé aux Etats- Unis des hommes tout disposés à répondre à son appel, .le le prie de
croire que le Canada lui offrira tous les concours dont il a besoin, dût-il en cela n'être animé que par ses intérêts personnels. Notre pays d'ici longtemps aura bien des richesses à tirer de la France, et il ne pourra lui donner que bien peu en retour.
Il appartient à l'éminent historien de Richelieu — le grand artisan de l'expansion française — de faire rayonner à son exemple le génie de la France au delà des mers.
Par votre rare talent d'écrivain, par l'autorité que vous avez conquise dans la diplomatie et dans le monde politique, par votre ardeur à défendre le patrimoine intellectuel et moral de la France, par votre foi invincible dans ses destinées, nous reconnaissons en vous. Monsieur Hanotaux, l'un des meilleurs serviteurs de l'idée française.
Aussi bien l'œuvre du Comité France-Amérique devait-elle naturellement solliciter vos efforts et votre dévouement. Nous sommes assurés que sous votre inspiration cette entreprise ne trouvera que des sympathies. Qui mieux que vous peut aidera faire connaître les ressources merveilleuses de la France, les productions si variées de son activité, dans toutes les manifestations de son génie?