‹ La Mission Champlain aux États-Unis et au Canada, avril-mai 1912Chapitre 40 sur 66 · AUX UNIVERSITES LAVAL ET MAC-GILL · texte numérisé non relu

AUX UNIVERSITES LAVAL ET MAC-GILL

PAR M. Vidal de la Blache

Au milieu des impressions qui nous ont assaillis sur la terre canadienne, et qui se sont gravées profondément dansnos cœurs, il y en a une qui se dégage de plus en plus; nous sommes frappés de l'intensité qu'a prise dans ce pays la vie universitaire. Cette réflexion se présentaità mon esprit, enécoutantsuccessivementlesparolescordiales quenousadressaientM. le principal de l'Université Mac-Gill et M. le représentant de l'Université Laval. Il y a ici deux universités, chacune avec son caractère propre; comme il y a deux peuples vivant fraternellement sous le drapeau libéral de la Grande-Bretagne. Nos

sympathies vont vers Tune et vers l'autre. Que réminent principal derUniversitéMac-Gill, M. le D' Peterson, me permettede lui rappeler qu'entre Écossais et Français les amitiés sont anciennes, et qu'il verrait sur la montagne Sainte-Geneviève, aux flancs de laquelle s'élève la Sorbonne, une maison qui porte encore le nom de Collège des Écossais.

Dans cet immense Dominion qui présente une de ses façades à l'Europe et l'autre à l'Extrême-Orient, il appartenait à cette province historique de garder et d'entretenir le dépôt de cette haute culture que nos ancêtres communs d'Europe avaient mis deux ou trois mille ans à former. Parla littérature, l'art, le droit, vous avez fait de ce pays un « pays de sapience » , vous y avez acclimaté cette fleur exquise de civilisation, qui, même transplantée, conserve et communique au vase son parfum . Notre vieille Europe se reconnaît en vous ; et ce n'est pas le moindre attrait qui l'attire et qui la séduitdans cette belle province de Québec, si riche en souvenirs historiques.

Mais l'œuvre universitaire n'est pas seulement un ornement de civilisation; elle est, elle doit être une force. C'est ce que vous avez également senti. Que signifieraient autrement ces instituts, ces laboratoires, entourés de riantes pelouses, qui sont l'orgueil de cette belle cité? Il faut des instituts, il faut des laboratoires pour préparer ces ingénieurs qui tracent des chemins de fer à travers les Montagnes Rocheuses; pour formerceux qui scruteront les ressources minérales, qui mettront en valeur les forces hydrauliques que vos fleuves magnifiques, vos lacs innombrables vous ont réservées, qui mobiliseront enfin ces richesses de toute espèce dont la nature vous a si libéralement dotés, que c'est le Canada qui est maintenant par excellence la contrée des possibilités infinies !

Permettez à l'homme d'étude qui vous parle, d'ajouter que dans le domaine de la recherche scientifique la collaboration est la règle, et que les résultats n'obtiennent toute leur fécondité qu'à condition d'être mis en commun. C'est souvent par l'œuvre de collaborateurs distants l'un de l'autre, mais rapprochés par la méthode, que s'élaborent les découvertes. Le travail scientifique, à l'heure présente, se compose d'un tel concours de bonnes volontés et de forces collectives, que lorsqu'un foyer s'allume quelque part, sa clarté rayonne et que d'autres foyers s'en illuminent. Telle est la raison profonde des relations de plus en plus intimes qui tendent à s'établir entre les univer-

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M. DAL PIAZ

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sites qu'anime un même esprit de recherches. L'Université de Paris, que j'ai l'honneur de représenter en ce moment, sera heureuse, à ce titre, de resserrer ses rapports avec ses sœurs canadiennes. C'est dans cet espoir, et en m'inspirant d'un sentiment de solidarité scientifique qui est réellement une forme de fraternité humaine, que je souhaite vie, progrès et prospérité aux Universités Mac-Gill et Laval.

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