‹ La Mission Champlain aux États-Unis et au Canada, avril-mai 1912Chapitre 41 sur 66 · IMPRESSIONS DE VOYAGE · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS DE VOYAGE

PAR M. Maurice iMuret

J'ai eu tout le loisir de visiter cette ville, la plus peuplée et la plus riche duCanada. Elle compte déjà, avec ses banlieues, 600.000 habitants. Pour peu qu'elle continue de s'accroître dans la proportion où elle le fait depuis le commencement du siècle, Montréal comptera dans dix ans un million d'âmes. La ville même a peu de caractère. C'est une cité américaine, noire, affairée, tumultueuse, sillonnée en tous sens par des tramways électriques, masses énormes et rapides. Tout au plus les rues doivent-elles aux arbres, dont elles sont jalonnées, un cachet d'élégance rustique qu'on chercherait en vain dans les villes industrielles et commerciales des Etats-Unis.

Il faut sortir, il faut gravir les pentes du Mont-Royal pour comprendre le charme de la grande ville canadienne. Aux portes de l'ancienne cité, tout un quartier neuf s'est créé. Il est formé de villas en briques rouges et blanches, aux volets verts, d'une architecture simple, infiniment heureuse. On devine, derrière ces vérandahs, que des stores d'une blancheur éclatante défendent contre les curiosités du passant, des intérieurs confortables, luxueux même, d'un luxe plus britannique que yankee. Cette agglomération de villas témoigne avec éloquenceenfaveur de la prospérité de Montréal. On ne « fait pas plus d'argent » à New-York ou à Chicago. Des fortunes colossales se sont formées ici depuis quelques années. Une série de bonnes récoltes dans les provinces de l'Ouest vient d'accroître le bien-être du pays. On rajeunit, on transforme, on agrandit et l'on fait droit sans hésiter aux exigences formidables de la main-d'œuvre. Je tiens d'un édile de

Montréal que l'hiver dernier on a payé jusqu'à lo francs par jour les hommes qui balayaient la neige dans les rues.

Prié par d'aimables confrères de les accompagner au-devant de la Délégation française, je me rends à leur invitation.

Nul de nous n'a assisté sans émotion aux témoignages de cette vitalité française, telle qu'elle vient de se manifester à nos yeux, à Montréal et à Québec. L'ombre de Samuel Champlain, fondateur de la Nouvelle-France, a dominé les fêtes auxquelles nous venons d'assister.

Détail touchant et significatif: à la population française de Saint- Jean s'était spontanément mêlé un nombreux contingent anglais. Et cettecollabo ration desdeux éléments canadienspersista tout le temps des fêtes. Elles marquèrent d'une part la reprise de relations plus suivies entre la France et le Canada après cent cinquante ans de quasi-négligence réciproque. Elles signifièrent d'autre part — pour employer l'excellente formule de la Pa/r/e de Montréal — « la consécration franco-canadienne de l'Entente cordiale». A ces deux titres, la Délégation Champlain a joué un rôle utile. Et soit dit sans aucune intention de fîatterie, il convient d'en féliciter M. Gabriel Hanotaux, « le patron », comme l'appelaient familièrement ses compagnons de route, et l'initiateur responsable de cet heureux voyage.

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