CHAPITRE XIV
Le Père François Lemergier, cinquième supérieur de la mission
Nous avons déjà fait remarquer, à propos du départ du P. Le Jeune pour le Canada, en 1632, la discipline admirable qui règne dans la Compagnie de Jésus. Ce qui se passe à Québec, au moment oii le P. Ragueneau cesse d'être supérieur de la mission, nous en fournit un autre exemple, et nous fait admirer en même temps la vertu de cet éminent religieux. Le P. Lyonne arrive d'Europe à quatre heures et demie du matin, le 6 aoiit 1653, avec un paquet de lettres à l'adresse du supérieur :
i Le soir, avant souper, dans le réfectoire, écrit le P. Ragueneau, je déclarai que le P. François Lemercier était nommé supérieur par Notre Révérend Père Général; et parce que la Bulle du Pape du triennat des supérieurs m'obligeait de me démettre sans délai, avant la venue du P. Lemercier des Trois-Rivières, je nommai pour vice-supérieur le P. Jérôme Lalemant (1). »
Le vice-supérieur profita des quelques jours qu'il eut l'autorité en mains, pour entrer dans le Journal des Jésuites une note importante au sujet de la juridiction de l'archevêque de Rouen. D'après cette note, le nouvel archevêque, neveu de l'ancien, auquel il avait succédé, venait de renouveler les pouvoirs que son oncle avait donné aux Jésuites du Canada en 1649; il avait donné des lettres dimissoriales à un nommé Gendron, pour recevoir les saints ordres, « le considérant comme son sujet pour avoir demeuré dix ans au Canada j ; il venait enfin de prescrire, comme Ordinaire de la Nouvelle-France, suivant ses prétentions, une enquête « sur la vie et sainte mort » des Pères Jésuites martyrisés par les Iroquois :
î Tout cela mis ensemble, dit le P. Lalemant. a fait juger que la chose était venue à sa maturité pour la faire dorénavant paraître et éclater au dehors quand besoin serait : ce qui s'est fait par la publication du Jubilé sous le nom et autorité de Monseigneur
(1) Journal des Jésuites^ p. 184.
l'Archevêque de Rouen, qui fut qualifié notre Prélat le 15 août, en présence de M. le Gouverneur et de tout le peuple assemblé, pendant la grand'messe. »
Les Jésuites ne croyaient pas que le temps fût encore venu de donner un évêque au Canada; d'un autre côté, ils s'étaient laissés persuader « qu'ils ne pouvaient se passer » d'un évêque, pour recevoir validement les professions religieuses et célébrer les mariages. Voilà pourquoi ils avaient pris le parti de « s'attacher à M. de Rouen » : ce qui ne pouvait qu'être agréable, d'ailleurs, à tant de Canadiens d'origine normande. Mais il y avait une autre alternative, qu'ils auraient pu prendre, c'était de s'adresser directement à leur Général, et par lui au Saint-Siège, pour dissiper leurs doutes : ce qu'ils ne firent pas, puisque leur Général crut devoir écrire au Provincial de Pans, le 18 janvier 1649 :
« Nous ne comprenons pas pourquoi les Pères du Canada, ayant du pape Innocent X la faculté d'administrer tous les sacrements, même ceux que donnent les curés, dans les diocèses où il n'y a ni évêque ni grand vicaire, ou dans les paroisses où il n'y a pas de curé, se sont cependant adressés à l'archevêque de Rouen pour en recevoir la juridiction. » Et il ajoutait : « Ici, on regarde comme sans aucune valeur les raisons sur lesquelles l'archevêque appuie sa prétendue juridiction au Canada. »
« En recourant au Saint-Siège, dit avec raison l'auteur des Jésuites et la Nouvelle-France, on eût peut-être évité les difficultés que fit naître dans l'avenir la reconnaissance des prétendus droits du Prélat (1). »
Quoi qu'il en soit, outre les pouvoirs les plus étendus qu'ils tenaient du Saint-Siège, les missionnaires du Canada reconnurent ceux de l'archevêque de Rouen, au moins à partir de 1649, dix ans avant l'arrivée de M.s^' de Laval; et à partir de 1653, les Canadiens, grâce à l'annonce du P. Lalemant, se crurent bien et duement sous la juridiction du Primat de Normandie. C'est le nom de ce Prélat que nos pères, dans leurs huttes de pionniers, prononçaient comme celui de leur évêque; et il ne faut pas s'étonner si tout d'abord le simple titre d'évêque de Pétrée et de vicaire apostolique attaché à la personne de Ms'' de Laval, leur causa quelque surprise :
(1) Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle-France, i. II, p. 207.
« Ce titre a fait parler bien du monde », écrivait Marie de l'Incarnation (1).
Malgré les incursions incessantes des Iroquois, des établissements canadiens se formaient ça et là, germes de futurs paroisses : outre Montréal, Trois-Rivières, Québec et Tadoussac, les documents de l'époque mentionnent les noms de plusieurs endroits visités par les missionnaires : le cap de la Madeleine, et un peu au-dessous, la rivière Faverel; le cap Rouge, la côte Sainte-Geneviève, la côte Notre-Dame-des-Anges, Beauport, la Longue-Pointe, Ghâteau- Richer, le Petit-Cap (2), le cap Tourmente, Tlle-aux-Oies, l'île d'Orléans, la côte de Lauzon. Plusieurs de ces petites colonies, la côte Sainte-Geneviève, par exemple, et Beauport, avaient déjà régulièrement leurs offices paroissiaux. La première messe à la Pointe- Lévis fut dite par le P. Bailloquet au mois d'avril 1648. Le premier mariage y fut célébré par M. de Saint-Sauveur le 17 novembre 1649 : c'était celui de Guillaume Couture, de Rouen, dont nous avons déjà parlé. Le second mariage fut celui de Jean Guay, célébré aussi par M. de Saint-Sauveur. Guillaume Couture, Jean Guay, François Bissot : voilà les trois premiers pionniers de Lévis.
On ne saurait d'ailleurs assez louer le zèle avec lequel la colonie toute entière était alors desservie par les Révérends Pères Jésuites, et l'attention qu'ils apportaient aux ouailles confiées à leur sollicitude : tous les documents de l'époque en font foi.
On sait aussi le soin avec lequel ils cultivaient la mission sauvage
(1) Lettres de Marie de l'Incarnation, t. II, p. 140. — N'oublions pas que la création des vicaires apostoliques était chose nouvelle, à cette époque, et que, comme le dit quelque part M. Faillon, « la qualité de vicaire apostolique n'était pas connue alors comme elle l'est aujourd'hui ». La Mère de l'Incarnation elle-même donnait tout d'abord à Mgr de Laval le titre de « commissaire apostolique » : ce qui ne l'empêchait pas de lui reconnaître toute l'autorité qu'ont les évêques titulaires. Parlant de M. de Queylus : « Cet abbé, dit-elle, est descendu de Montréal pour saluer notre Prélat. Il était établi grand vicaire en ce lieu-là par Mgr l'Archevêque de Rouen; mais aujourd'hui tout cela n'a plus lieu, et son autorité cesse. » (Ibid., p. 139).
(2) Ce que l'on appelait alors la Longue-Pointe était l'Ange-Gardien, et le Petit-Cap, Sainte-Anne de Beaupré.
de Sillerv. Une autre Réduction s'était formée, en 1651, celle des Hurons, à l'île d'Orléans : la chapelle fut bénite le 2 juillet 1653 par le P. Lalemant sous le vocable de la Visitation de la Sainte Vierge.
Le P. Lemercier caractérisait très justement la conduite des Jésuites envers les Hurons : « Nous leur servons, disait-il, de Pères, de Mères, et de tout, d
Puis il ajoutait : « La dévotion et la foi régnent dans cette Réduction : outre les prières que chacun fait en particulier soir et matin dans sa cabane, ils assistent aux prières publiques qui se font en l'église; à peine distingue-t-on les jours ouvrables des dimanches et fêtes...
« En sortant de la chapelle, les enfants entrent dans notre cour, et on leur fait un petit catéchisme : ceux qui répondent bien gagnent quelque chose pour leur déjeûner. Si quelque enfant a commis quehjue irrévérence durant les prières, il est privé ce jour-là des faveurs ordinaires...
« Leurs voix sont d'une beauté rare par excellence, particulièrement celles des filles. On leur a composé des cantiques hurons, sur l'air des hymnes de l'Église; elles les chantent à ravir. C'est une consolation, que d'entendre les vallons et les bois résonner si mélodieusement des louanges de Dieu au milieu d'un pays qu'il n'y a pas longtemps on appelait barbare, j
La Congrégation de la Sainte Vierge fut établie chez les Hurons de l'île d'Orléans en 1654, trois ans avant celle de Québec; et le P. Lemercier attribuait à cette institution l'esprit de ferveur qui régnait dans cette petite colonie :
a Les dimanches et fêtes, ils s'assemblent dès le point du jour. Au lieu de l'office de la Sainte Vierge, qu'ils ne peuvent pas réciter, ils disent leur chapelet en deux chœurs, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre : celles-ci sont en plus grand nombre, et je puis dire en vérité que parmi les sauvages comme ailleurs, c'est le sexe dévot.
(T Leur assemblée dure une heure, car à la fin de chaque dizaine du chapelet, ils font une pause, et le Père leur adresse un mot d'exhortation, souvent aussi le Préfet de la Congrégation, qu'ils ont choisi eux-mêmes : ce Préfet est un chrétien d'une rare vertu, et rempli d'un saint zèle...
« L'ambition des congréganistes, ajoute le P. Lemercier, c'est d'être irréprochables en leurs mœurs, et c'est en quoi Dieu les bénit.
C'est une chose ravissante de voir la pureté de leur conscience, dans la liberté qu'ils auraient de pécher, si la crainte de Dieu n'était plus forte dans leur cœur qu'une coutume invétérée en un pays depuis quatre mille ans, qui leur perm"fettait tout ce que le plaisir
agrée. »
L'administration du P. Lemercier s'était ouverte sous d'heureux auspices : dans l'automne de 1653, le Jubilé fut célébré à Québec et dans toute la colonie avec de grandes démonstrations religieuses; commencé le 31 août, il dura deux mois.
Cette administration se continua avec les perspectives les plus favorables. C'est au P. Lemercier, surtout, que revient l'honneur d'avoir repris la mission des Martyrs, chez les Iroquois.
Les Onnontagués, l'une des cinq nations de la Confédération iroquoise, avaient envoyé des ambassadeurs à Québec pour traiter de la paix. C'était au commencement du Jubilé. Ils furent témoins d'une procession, dans laquelle on avait fait figurer quatre cents mousquetaires bien armés, qui, par une fusillade savamment entretenue, leur donnèrent de salutaires émotions. La paix fut conclue, et ils demandèrent instamment qu'on envoyât des missionnaires dans leur pays.
Le P. Simon Le Moyne fit un voyage d'essai aux Iroquois dans l'été de 1654. Il partit de Québec le 2 juillet, et se rendit chez les Onnontagués, qui occupaient le centre de la Confédération. Il fut accueilli avec de grandes démonstrations de joie. On alla en grand nombre au devant de lui, et il entra en triomphe dans la bourgade principale du pays :
« Ce n'étaient que fêtes et festins, dit Marie de l'Incarnation. On lui donnait partout la première place, on lui faisait présider tous les conseils, j
Les Iroquois lui ménageaient une agréable surprise, qui montre ce qu'il y avait quelquefois de délicatesse chez nos sauvages : ils lui rendirent un nouveau testament qui avait appartenu au P, de Brébœuf et un petit livre de dévotion dont se servait le P. Garnier : deux objets qu'ils avaient emportés chez eux et gardés avec un respect vraiment remarquable.
Le P. Le Moyne eut le bonheur de baptiser un certain nombre d'Onnontagués, entre autres un de leurs plus grands capitaines, « chef de dix-huit cents hommes », qu'il menait à la guerre contre la Nation du Chat.
Mais ce qui fit surtout sa grande consolation, ce fut de trouver au milieu des Iroquois toute une église chrétienne huronne, c'està-dire, plus de mille prisonniers de guerre, qui étaient là depuis nombre d'années : leur condition était celle de vrais esclaves, mais ils persévéraient dans toute leur ferveur de chrétiens :
î Ces pauvres captifs voyant le bon Père, dit Marie de l'Incarnation, furent comme ressuscites de mort à vie: et pour leur donner la joie entière, il les confessa et leur administra les sacrements. »
Tout cela ne valait-il pas les sacrifices qu'on avait faits pour entretenir les missionnaires dans la nation huronne? N'était-ce pas une belle récompense pour tant d'âmes généreuses qui soutenaient par leurs aumônes l'Église du Canada? Les Jésuites n'étaientils pas vengés d'avance des attaques perfides de certains personnages, qui devaient plus tard, avec une légèreté inconcevable, traiter leurs missions « de pures moqueries? (1) »
Le P. Le Moyne fut plus de deux mois à son voyage: il rentra à Québec le 11 septembre.
Les Agniers n'avaient pris aucune part aux pourparlers de paix entre les Français et les autres nations iroquoises. Jaloux, d'ailleurs, de ce que le P. Le Moyne était allé aux Onnontagués de préférence à eux, ils recommencèrent leurs courses guerrières au Canada, et descendirent à Montréal, puis aux Trois-Rivières. Mais ils y furent si malmenés, qu'ils se retirèrent en disant : «. N'allons plus là, parce que ce sont des démons (2). »
Au printemps de 1655, ils massacrèrent près de Sillery le Frère jésuite Jean Liégeois, en blessèrent gravement un autre, le Frère Louis Le Bohème, « vers le Platon-Sainte-Croix (3) ». Ils descendirent jusqu'à l'île aux Oies, où ils égorgèrent « un honnête bourgeois de Paris, M. Moyen ».
Enfi.n ils se décidèrent à solliciter eux-mêmes la paix ; et le traité fut solennellement conclu à Québec, le 12 août 1655, « en présence de plus de cinq cents personnes (4) ».
Il était temps : beaucoup de Canadiens, découragés par la gêne et la frayeur où les tenaient sans cesse les incursions des Iroquois,
(1) Correspondance de Frontenac, passim.
(2) Lettres de Marie de l'Incarnation, t. II, p. 86. {^) Journal des Jés., p. 496.
(4) Lettres de Marie de l'Incarnation, t. II, p. 78.
« étaient résolus d'abandonner le pays » . La Compagnie des Habitants, faisant peu de commerce avec les sauvages, était criblée de dettes : fort heureusement elle obtint un arrêt de la cour qui lui donnait du délai pour payer ses créanciers (1).
Après beaucoup d'instances, les Agniers réussirent à obtenir et à emmener avec eux le P. Le Moyne. Ce b(m Père, qu'on a justement appelé l'apôtre des Iroquois, arriva dans leur pays le 17 septembre, et reprit la célèbre mission des Martyrs. 11 y trouva « des cœurs plus durs que des rochers » ; mais à force de patience et de persévérance, il conquit bon nombre d'âmes à Jésus-Christ.
En même temps, le P. Dablon et le P. Chaumonot allaient inaugurer une mission chez les Iroquois supérieurs qu'avaient visités l'année précédente le P. Le Moyne. C'étaient deux hommes vraiment apostoliques; et quant au P. Chaumonot, il « possédait la langue, le cœur et l'esprit des sauvages », dit un de ses confrères.
Ils passèrent par Montréal, remontèrent le Saint-Laurent jusqu'au lac Ontario; puis, par la rivière Oswégo, se. rendirent à Onontagué, capitale de la confédération iroquoise; ils y arrivèrent le S novembre.
Tout le long du chemin, les Hurons chrétiens qu'ils rencontraient se jetaient au cou du P. Chaumonot, leur bon Père, et le comblaient de caresses.
Les anciens du pays s'étaient rendus à un quart de lieue de la capitale, au devant des missionnaires : ils leur firent l'accueil le plus affectueux, et les conduisirent à leur bourgade.
« Les rues étaient bien nettoyées, dit le P. Dablon, et les toits des cabanes chargés d'enfants. »
Alors commença une série de réceptions, de discours, d'échanges de présents, de festins, qui dura plusieurs jours. Aux festins, on présentait aux missionnaires ce que l'on avait de meilleur, et « surtout des citrouilles cuites sous la braise ».
L'éloquence de ces sauvages était admirable; mais le P. Chaumonot ne leur cédait en rien sous ce rapport : « Ils étaient ravis d'entendre un Français si bien parler leur langue. »
Un jour, — • qui le croirait? — « ils le prièrent de les entretenir un peu de la France (2) ». Plusieurs d'entre eux avaient été reçus
(1) Archives nationales de Paris.
(2) ReL des Jés., 1656, p. 13.
Québec dans les familles françaises; souvent ils étaient allés au parloir des Ursulines visiter la vénérable Marie de l'Incarnation, et avaient admiré sa bonté et son dévouement à leur égard (1). Le P. Ghaumonot les entretint durant une heure du beau pays de France. Impossible d'exprimer « combien le discours du Père et ses belles façons d'agir ravirent ces peuples. Quand même il aurait parlé jusqu'au soir, disaient-ils, nos oreilles n'auraient jamais été pleines, et nos cœurs fussent encore restés affamés de ses paroles (2) » .
Une autre fois, ils « invitèrent le Père, comme pour le divertir, à leur raconter quelque belle chose *. 11 leur raconta la conversion de saint Paul; puis, comme ils paraissaient charmés de l'entendre, il en profita pour leur parler de Dieu, de Notre-Seigneur, et des principaux mystères de notre sainte religion.
On bâtit pour les missionnaires une petite chapelle d'écorce; et le 28 novembre, premier dimanche de l'Avent, « se fit le premier catéchisme solennel » à Onontagué. Dès lors la chapelle ne désemplit pas, du matin au soir : les sauvages y étaient sans cesse, soit pour les prières, soit pour l'instruction religieuse, soit pour la sainte messe.
Deux obstacles principaux contrecarraient l'œuvre des missionnaires : la foi aux songes, et les calomnies des mauvais Hurons. Malgré cela, ils eurent le bonheur de convertir à la foi chrétienne, dans le cours de l'hiver, « plus de quatre cent cinquante sauvages, petits et grands » .
Au printemps de 1656, les Onnontagués les supplièrent d'établir parmi eux une mission stable et une habitation française. Le P. Dablon descendit à Québec, et proposa la chose à M. de Lauson.
Le 17 mai, il repartait pour Onontagué avec trois autres Jésuites, le P. Lemercier, supérieur de la mission du Canada, les Pères Ménard et Frémin, deux Frères coadjuteurs, et cinquante soldats français de la garnison, sous les ordres de M. Dupuis (3), comman-
(1) Rel. des Jés., 165S, p. 5.
(2) Ibid., 1656, p. 17.
(3) « Lorsque M. Dupuis me fit l'honneur de me dire adieu, il m'assura avec une ferveur qui ne sentait point son homme de guerre, qu'il exposait volontiers sa vie, et qu'il s'estimait heureux de mourir pour un si glorieux dessein. » (Lettres de la Mère de l'Incarnation, t. II, p. 107).
Quels admirables sentiments chrétiens chez ce brave commandant!
dant du fort de Québec : le P. Ragueneau alla les rejoindre plus tard :
« Tout cela, dit Marie de l'Incarnation, ne se fait qu'avec des frais immenses, mais les Révérends Pères sacrifient tout pour le service de Dieu et le salut des âmes. » Et elle ajoutait, écrivant à une de ses compagnes de France : « Priez Dieu pour ce grand dessein. Si j'étais petit oiseau, j'y volerais pour y rendre à ma façon mes petits services à notre bon Jésus. »
On eut beaucoup de peine à se rendre de Québec à Montréal, à cause des Agniers qui infestaient le fleuve. Ces barbares avaient déjà rompu la paix, sinon avec les Français, du moins avec les sauvages alliés.
Ils descendirent dans l'île d'Orléans, où ils massacrèrent soixantedix Hurons chrétiens. Ils mirent en déroute un parti d'Algonquins qui étaient descendus du lac Supérieur faire la traite avec les Français, et blessèrent à mort le P. Gareau qui s'en allait les évangéliser : ce bon Père mourut à Montréal le 2 décembre (1656). Ils retournèrent ensuite dans leur pays, emmenant avec eux, comme prisonniers, plusieurs Hurons de l'île d'Orléans, qui allaient ainsi augmenter la mission des Martyrs : d'autres Hurons, épouvantés, se réfugièrent à Québec, à l'abri du fort.