‹ La mission du Canada avant Mgr de Laval (1615-1659) [microform]Chapitre 5 sur 39 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le p. Le Baillif : sa. mission a la. cour. — Les PP. Galleran et PiAT. — Le Frère Sagard. — Au lac Nipissing.

Le P. Denis, en revenant au Canada, avait amené avec lui le P. George Le Baillif et le F. Bonaventure.

« Le P. Le Baillif, dit Leclerc, était illustre par sa naissance, par son mérite personnel et par l'estime singulière dont Sa Majesté l'honorait... On avait recommandé à Champlain de ne rien entreprendre sans la participation de ce bon Père. »

Champlain était revenu, lui aussi, accompagné cette fois de sa jeune épouse, Hélène Boullé.

Il y avait deux ans qu'il luttait en France contre les intrigues de la Compagnie des Marchands et de leur avocat Boyer, — « normand aussi malicieux que grand chicaneur », dit-il quelque part, — qui voulaient lui enlever toute autorité et tout contrôle sur les affaires du Canada. Mais il réussit, par sa prudence et sa fermeté, à déjouer leurs mauvais desseins. Condé étant sorti de prison, où il était détenu depuis trois ou quatre ans par ses ennemis politiques, vendit au duc de Montmorency sa charge de vice-roi pour la somme de onze mille écus; ce qui prouve l'importance que l'on attachait déjà à la colonie canadienne; et le nouveau titulaire confirma Champlain dans tous ses pouvoirs au Canada.

Bien plus, le Roi lui-même voulut encourager le fondateur de Québec, et lui donna une magnifique lettre, qu'il convient de citer ici; l'esprit chrétien qui l'anime est bien le même qui avait dicté naguère la lettre aux Récollets :

« Champlain, Ayant su le commandement que vous avez reçu de mon cousin le duc de Montmorency, amiral de France, et mon vice-roi en la Nouvelle-France, de vous acheminer au dit pays, pour y être son lieutenant, et avoir soin de ce qui se présentera pour le bien de mon service, j'ai bien voulu vous écrire cette Lettre, pour vous assurer que j'aurai bien agréables les services que vous me rendrez en cette occasion, surtout si vous maintenez le dit pays en mon obéissance, faisant vivre les peuples qui y sont le plus conformément aux lois de mon Royaume que vous pourrez, et y ayant pour la religion catholique le soin requis, afin que vous

attiriez par ce moyen la bénédiction divine sur vous, qui fera réussir vos entreprises et actions à la gloire de Dieu, que je prie, Ghamplain, vous avoir en sa sainte et digne garde. Écrit à Paris le 7« jour de mai 1620. »

Cette lettre porte la signature de Louis XIII, et elle est contresignée par Brûlart de Sillery, alors Secrétaire d'État, dont le frère, commandeur de Sillery, fonda près de Québec la célèbre mission à laquelle il a attaché son nom.

Quelle ne fut pas la joie des habitants de Québec, à l'arrivée de Ghamplain et des Récollets, vers la mi-juillet! La colonie se sentait revivre, en revoyant son fondateur, et avec lui le P. Denis, qui avait inauguré la mission en 1615. Un Te Deum d'actions de grâces fut chanté dans la chapelle paroissiale de Québec, au Guide-Sac. Le lendemain, le P. Commissaire y célébra solennellement la sainte messe, et profita de l'occasion pour exhorter les fidèles à l'obéissance envers Dieu, envers le Roi, et envers le représentant du Roi dans le pays.

C'est ainsi que dès le commencement de la colonie la parole du prêtre venait au soutien de l'ordre et de l'autorité.

« Après le sermon, dit Ghamplain, l'on sortit de la chapelle, je fis assembler tout le monde, et commandai de faire lecture de la Commission de Sa Majesté et de celle de Monseigneur le Vice-Roi à moi donnée. Ce fait, chacun cria : Vii-'e le Roi. le canon fut tiré en signe d'allégresse, et je pris possession de l'Habitation et du pays au nom de mon dit Seigneur le Yice-Roi. »

Un de ses premiers actes d'autorité fut de faire construire le Fort Saint-Louis sur le rocher de Québec, et cela contre le sentiment bien connu de la Compagnie des Marchands ;

« Ils n'avaient rien de plus désagréable, dit-il; c'était pourtant la conservation et la sûreté du pays. »

Puis il fit réparer l'Habitation, dont l'entretien avait été fort négligé durant ses deux années d'absence.

Tout semblait présager une ère de prospérité pour la petite colonie : et cependant jamais peut-être elle ne fut plus près de sa ruine.

A côté de la Compagnie des Marchands, une Compagnie rivale s'était formée, sous les auspices du Vice-Roi lui-même : des troubles sérieux, de graves dissensions commençaient à éclater. Bientôt la vallée du Saint-Laurent fut témoin de luttes acharnées pour la

traite des pelleteries entre les commis et représentants des marchands au Canada. Sans la sagesse et l'énergie de Champlain, c'en était fait de la colonie canadienne.

Le 18 août 1621, les habitants de Québec tinrent une assemblée pour" délibérer sur la triste situation du pays. Il fut décidé qu'il fallait députer quelqu'un en France pour exposer à la cour le mal dont on souffrait, et prier le Roi d'y apporter les remèdes nécessaires. Le choix unanime de l'assemblée se porta sur le P. George Le Baillif : il accepta la mission par dévouement au pays, et partit avec une procuration signée de Champlain et des principaux citoyens de Québec, emportant en même temps une longue et magnifique lettre signée par le Supérieur des Récollets, dans laquelle ce bon Religieux exposait les ressources et l'avenir du Canada, les maux dont souffrait la colonie et les moyens d'y remédier (1).

En donnant au P. Le Baillif leur procuration, Champlain et les citoyens de Québec prièrent le P. Commissaire de vouloir bien l'authentiquer en y apposant son sceau ecclésiastique.

Quelques semaines plus tard, le représentant de la colonie canadienne était à Saint-Germain-en-Laye, et s'acquittait auprès du Roi de la tâche qu'on lui avait confiée. Sa mission ne fut pas sans heureux résultats : les deux compagnies rivales pour la traite des pelleteries furent amalgamées, et promirent d'agir de concert pour le bien de la Nouvelle-France. Il fut pris des mesures pour la bonne administration de la justice, et l'autorité de Champlain fut fortifiée.

Quelle reconnaissance la colonie ne devait-elle pas au Père Franciscain qui l'avait sauvée de la ruine! Et depuis cette époque, que de services analogues rendus par l'Église à notre pays! Que de fois, dans les moments critiques, n'a-t-on pas fait appel au patriotisme éclairé de notre clergé !

La Cour confirma tous les établissements des Récollets au Canada et donna des Lettres patentes accordant à chaque mission des terrains suffisants pour en assurer l'existence.

Le P. Le Baillif resta en France pour continuer à y servir efficacement les intérêts canadiens.

(1) Cette lettre est dans l'ouvrage de Chrétien Leclerc^ p. 187.

Il avait emmené avec lui un jeune sauvage, qui repassa au Canada l'année suivante en même temps que les Pères Galleran et Piat. Ce jeune homme tomba malade durant la traversée : les Pères achevèrent de l'instruire et lui donnèrent le saint baptême : il mourut dans les sentiments de la plus tendre piété.

Gomme on approchait de Tadoussac, il s'éleva une si violente tempête, que les passagers pensant périr « criaient à Dieu miséricorde, et la lui demandaient au nom de cette âme qu'il venait de recevoir. Soit que Dieu eut égard à la simplicité de leur foi, dit Leclerc, soit qu'il reçut l'intercession de cette âme glorieuse, il parut tout à coup sur le soir une clarté par laquelle on reconnut que le vaisseau allait faire naufrage contre des rochers; on changea de bord et on mit au large, en sorte que le vaisseau entra peu de temps après par un vent heureux dans la rade de Tadoussac ».

« En arrivant à Québec, ajoute Leclerc, les Pères Galleran et Piat furent surpris de trouver une maison aussi avancée qu'était celle de Notre-Dame des Anges, les terres et les jardins en état, et même une petite solitude défrichée, avec de petites cabanes dévotes dans les bois, où l'on conduisait nos sauvages par manière de stations. »

Le terrain des Récollets avait deux cents arpents en superficie, et s'étendait depuis la rivière Saint-Charles jusqu'au haut de la colline Sainte-Geneviève. Il leur avait été donné « afin de favoriser l'éducation des enfants des sauvages dans le Séminaire, et former leurs parents, qui résidaient à la porte du couvent, à la culture des terres ».

Ce séminaire, inauguré au couvent même, avait été fondé en partie par M. Charles des Boues. Le vénérable ecclésiastique écrivait au P. Denis le 27 février 1621 :

(c J'ai baillé à M. Houel deux cents écus pour commencer un séminaire de six petits sauvages, dès cette année présente, lequel s'appellera le séminaire Saint-Charles... M. Houel m'a dit qu'il vous envoie pour plus de douze cents livres de vivres et commodités, des aumônes qu'il avait à vous. C'est un bon serviteur de Dieu, homme d'honneur et de mérite, qui s'emploie fidèlement et infatigablement à cette affaire. M. Guers (1) vous dira le reste de

(1) L'un des principaux commis du vice-roi au Canada.

ce que j'ai fait et ferai, Dieu aidant, car je suis tout dédié à vous servir et assister en cette apostolique entreprise... »

Les efforts de Ghamplain et des Récollets pour attirer les sauvages autour de Québec et les civiliser commençaient à produire d'heureux résultats. « On fit à Québec, en 1622, dit Leclerc, deux mariages de deux Français avec deux sauvagesses, qui s'étaient formées à notre langue et à notre manière, et qui ont depuis persévéré dans une grande intelligence, paix et union avec leurs maris. »

Ces mariages turent entrés dans les Registres de l'état civil, que Ton tenait régulièrement depuis un an. C'est en 1621, en effet, que les Récollets ouvrirent ces Registres.

Outre les jeunes sauvages que les Pères Récollets entretenaient dans leur séminaire de Notre-Dame-des-Anges, ils en avaient toujours quelques-uns dans leurs couvents en France, à Paris, à Rouen, à Saint-Germain : et le degré de culture auquel arrivaient ces jeunes gens montre ce que l'on aurait fait de nos sauvages, si l'on avait pu les retirer complètement du milieu où ils vivaient; mais c'était là le difficile, ou pour mieux dire, généralement parlant, l'impossible. L'un de ces jeunes sauvages eut pour parrain, lors de son baptême, à Paris, le prince de Guiménée, qui l'entretint durant cinq ans au collège : il devint tout à fait français de manières, de mœurs et de langage : « Il était chrétien et dévot, dit Leclerc, à faire confusion à bien des gens qui se piquent de piété. »

Le P. Le Caron, dans un de ses voyages, le ramena au Canada un peu malgré lui; et comme il avait perdu sa langue maternelle, on jugea à propos de l'envoyer quelque temps parmi les siens, alin qu'il l'apprit de nouveau, et se mît plus en état de faire du bien parmi ses compatriotes. Le jeune homme se prit à pleurer : « Eh! quoi, disait-il, vous voulez que je retourne au milieu de ces bêtes, qui ne connaissent point Dieu! »

Comme il était plein de docilité, il finit cependant par consentir, mais pour le seul motif de la gloire de Dieu, afin de contribuer au salut de ses parents et de ceux de sa nation : « On le fortifia, dit Leclerc, en lui donnant les règles de sa conduite, et l'on peut dire qu'il a rendu de grands services à la mission sous la conduite et la direction de nos Pères. »

De leur côté, les missionnaires ne se contentent pas d'exercer

leur zèle à Québec, ils vont régulièrement à Tadoussac et aux Trois-Rivières, ainsi qu'au pays des Hurons. Dans Ftiiver de 1622, le P. Joseph passe trois mois chez les Montagnais de Tadoussac. Le printemps suivant, le P. Guillaume Poulain, profitant d'un convoi de quatre canots français qui part pour la traite, se rend jusque chez les Nipissings. Il y baptise une trentaine de sauvages. En revenant, il est pris par les Iroquois, et voué à la torture et à la mort. Déjà il est attaché au poteau et il a fait à Dieu le sacrifice de sa vie, lorsque quelques Français surviennent fort à propos, et le délivrent des mains de ces barbares.

Moins heureux que ce missionnaire, le P. Yiel, descendant l'année suivante du pays des Hurons, périt misérablement dans la rivière des Prairies, victime de la malice des sauvages qui l'accompagnent et font chavirer son canot. L'endroit où il se noya a gardé le nom de Saut-au-Récollet, en souvenir de ce douloureux événement.

« On ne sauva que sa chapelle, dit Leclerc, et quelques écrits qu'il avait faits dans des cahiers d'écorce, comprenant une espèce de journal des missions : il avait laissé son dictionnaire et des mémoires aux Hurons entre les mains des Français. C'était un très grand Religieux qui, après avoir vécu en odeur de sainteté, n'était passé au Canada que par un zèle brûlant du martyre. »

Le P. Joseph écrit quelque part : « Il ne faut pas venir au Canada dans l'espérance de souffrir le martyre, selon la rigueur de la théologie; car nous ne sommes pas dans un pays où les sauvages font mourir les chrétiens pour fait de religion : ils laissent chacun dans sa croyance : ils aiment même ce qu'il y a d'extérieur dans nos cérémonies; et cette barbarie ne fait la gueVre que pour les intérêts de la nation. Ils ne tuent les gens que pour des querelles particulières, ou par ivrognerie, ou par brutalité, par vengeance, par un songe, ou une vision extravagante. Et ils sont incapables de le faire en haine de la Foi (1). »

Quoi qu'il en soit de cette opinion, l'on peut croire que les Pères Viel et Poulain ayant fait' généreusement à Dieu le sacrifice de leur vie, Dieu eut ce sacrifice pour agréable et leur accorda la palme du martyre, comme il récompensa sans doute également

(1) Leclerc, Premier établissement de la Foi, p. 283.

le dévouement de leur confrère Guillaume Galleran, qui, après plusieurs années de travaux pénibles au Canada, s'en alla mourir en France, martyr de sa charité pour de pauvres pestiférés qu'il assistait.

En même temps que le P. Viel, était passé au Canada, en 1623, le F. Sagard, cet écrivain si fin, à l'esprit si délié et si cultivé, que nous avons déjà cité plusieurs fois, et dont on ne peut trop admirer la clarté et la belle simplicité : ses mémoires sur les temps primitifs de la Nouvelle-France resteront, alors que bien d'autres ouvrages, à la forme prétentieuse, auront disparu dans la poussière de l'oubli.

Sagard et le P. Viel montèrent au pays des Hurons en compagnie du P. Joseph, qui en avait été le premier apôtre. Ces trois Religieux étaient tous animés d'un zèle vraiment apostolique. Écoutons le F. Sagard :

« Ayant pris terre au pays tant désiré, par un jour de dimanche, fête de saint Bernard (20 août), environ midi, que le soleil donnait à plomb, je me prosternai devant Dieu, et baisai la terre en laquelle ce souverain monarque m'avait amené pour annoncer sa parole et ses merveilles à un peuple qui ne le connaissait point; je le priai de m'assister de ses grâces, et d'être partout mon guide pour faire toutes choses selon ses saintes volontés... »

Sagard et le P. Viel s'appliquèrent de suite, sous la direction du P. Joseph, à apprendre la langue des sauvages, afin de pouvoir les instruire des vérités de la religion. Réunis tous les trois dans la maisonnette de Caragoua, « ils récitaient en commun l'office divin comme s'ils eussent été dans un couvent régulier » ; puis ils se dispersaient pour évangéliser les pauvres sauvages.

Hélas! les résultats immédiats ne correspondaient pas à leur zèle : « Ils ne baptisèrent, dit Leclerc, que deux adultes, le père et la fille, dont ils paraissaient plus assurés. »

Un des principaux obstacles à la conversion des sauvages, c'était, comme nous l'avons déjà fait remarquer, la mauvaise conduite des interprètes et des traitants français, avec qui ils étaient en rapport :

<r Nous avions espérance d'un prochain amendement de vie, dit Sagard, si les Français qui étaient montés avec nous n'eussent dit, par une malice effrénée, le contraire de ce que nous disions, diffamant l'honneur et la pudicité des femmes de leur pays, pour

pouvoir continuer avec plus de liberté leur vie infâme et mauvaise. » Et il ajoute : « S'il y avait des ménages de bons catholiques habitués parmi eux, ils apprendraient plus en deux lunes, leur voyant rendre leurs devoirs de bons et vertueux chrétiens séculiers, qu'en quatre, les voyant dire à des Religieux, à la vie desquels ils trouvent plus à admirer qu'à imiter. »

Les Récollets, cependant, ne perdaient pas espérance : ils attendaient tOQt du temps et de la grâce, et pour réussir faisaient marcher de front l'instruction civile et l'instruction religieuse :

« Il se trouve des gens d'esprit parmi nos Hurons, écrit encore Sagard... Il n'y a que la politesse qui leur manque. Si nous eussions été encore deux ans dans le pays, je crois que nous en eussions rendus d'avancés aux lettres et de bien instruits en la foi, car les hommes comprenaient assez bien, et les enfants tenaient gentiment la plume. »

Tout cela confirme ce que nous avons déjà constaté, que ce sont bien les Récollets qui, les premiers, ont tenu école au Canada, non seulement pour la Religion, mais pour les lettres profanes.

Sagard et le P. Joseph furent obligés de descendre à Québec dans Tété de 1624 : le P. Viel resta seul au pays des Hurons, en attendant de nouveaux ouvriers apostoliques; et l'on sait comment il périt l'année suivante.

Les Récollets prirent alors une grave résolution. Voyant tout ce qu'il y avait à faire pour la conversion des sauvages, ils jugèrent qu'il y avait besoin d'un plus grand nombre d'ouvriers apostoliques. Mais la Compagnie des Marchands se refusait à entretenir plus de six Récollets au Canada. Il fallait donc des missionnaires qui pussent posséder et subsister par eux-mêmes. On jeta les yeux sur les Jésuites; et il fut décidé que le P. Piat passerait en France pour les demander par l'entremise du Provincial des Récollets de Saint-Denis, si celui-ci le jugeait à propos.

En même temps on résolut de mettre la mission sous la protection spéciale de quelque Bienheureux de la Cour céleste; et saint Joseph fut choisi et proclamé (1624) par les Récollets premier Patron du Canada. Ceci se passa en assemblée publique convoquée spécialement par les Pères (1); et par conséquent tout se fit suivant

(1) Leclerc, Premier établissement de la Foi, p. 288.

les règles du droit. Les Jésuites, et plus tard Ms"" de Laval, n'eurent qu'à confirmer ce qu'avaient fait si pieusement les Récollets.

Chose remarquable, lorsque saint Joseph fut ainsi proclamé Patron du Canada, il y avait juste un an que l'éminenl Prélat qui devait présider aux destinées religieuses de notre pays, avait vu le jour (30 avril 1623) dans un coin obscur de la France, mais avec un nom illustre. La Providence avait évidemment des vues spéciales de tendresse à notre égard : elle nous préparait un grand évéque, et nous donnait en attendant un puissant protecteur dans le ciel.

Le P. Piat traversa en France en même temps que Champlain. Celui-ci y reconduisait sa jeune épouse, qui avait passé quatre années consécutives à Québec.

Deux Pères se décidèrent avec un saint enthousiasme à quitter leur cher couvent de Notre-Dame-des-Anges, pour aller hiverner, l'un à Tadoussac, l'autre aux Trois-Rivières.

« Mais ce qui combla de joie nos Religieux et tous les Français de cette colonie naissante, dit Leclerc, ce fut l'heureuse arrivée de trois illustres missionnaires Récoilets de la Province d'Aquitaine, qui vinrent en canot de TAcadie à Québec par la rivière du Loup, avec deux Français et quelques sauvages... Il y avait un mois qu'ils étaient partis de la mission de la rivière vSaint- Jean... ï

Poutrincourt, le fondateur de Port-Rovai, était décédé en France en 16iS, et depuis ce temps la petite colonie acadienne végétait : elle n'avait pas même de mission régulière depuis le retour en France des Pères Jésuites Biard, Massé et Quentin, que M™» de Guercheville y avait entretenus durant trois ans. Cependant quelques Récollets de la Province d'Aquitaine y furent amenés en 1619 par un vaisseau marchand de Bordeaux. D'autres vinrent les rejoindre les années suivantes. Leur Provincial leur avait permis de se consacrer aux missions du Canada, s'ils n'avaient rien à faire en Acadie; et c'est ainsi que trois d'entre eux arrivèrent à Québec en 1624.

Le P. Jacques de la Foyer demanda comme une faveur d'aller passer l'hiver chez les sauvages du lac Nipissing. Ces sauvages avaient des relations de commerce avec beaucoup d'autres peuplades, même très éloignées : on se trouvait donc là au centre d'un grand mouvement d'affaires. L'illustre et brave

Nicolet (1) y était déjà rendu, envoyé par Champlain pour apprendre la langue des Nipissings, et nouer avec eux des relations d'amitié et de commerce. Il dut être réjoui en voyant arriver le bon missionnaire franciscain.

Les Pères Louis Fontimer et Jacques Cardon « restèrent dans notre couvent de Notre-Dame-des-Anges, dit Leclerc, et travaillèrent fructueusement au salut des nations circonvoisines y> .

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