‹ La mission du comte de Saint-VallierChapitre 10 sur 161 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

souverains et de leurs chanceliers équivaut à la reconnaissance par l'Autriche de l'empire allemand. Bismarck travaille ainsi à se créer partout des appuis contre la France. Il entrevoit déjà une alliance entre Vienne et Berlin. L'Autriche n'y est pas prête encore; elle hésite à aller jusque-là- Mais c'est beaucoup pour Bismarck de s'être assuré de l'hommage du souverain qu'il combattait cinq ans avant, ilnenéglige rien pour persuader à ses voisins que les menaces contre la paix ne peuvent venir que de la France et que c'est contre elle qu'il faut se protéger. Sa manœuvre est couronnée de succès et il peut se flatter d'avoir créé entre la Russie, l'Allemagne et l'Autriche, une ligue en défiance du pays qu'il a vaincu.

L'attitude du comte de Beust lui faciHte ce succès diplomatique. Le chancelier austro-hongrois déclare à propos de Bismarck, en se séparant de lui : « Nos deux

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esprits ont été comme une clef clans une serrure. " Il ne se rend pas compte que la personne maîtresse de l'entrée est celle qui a la clef en main.

Du reste aucun des deux hommes d'Ëtat qui semblent tenir en ce moment les destinées du monde ne prévoit qu'avant peu les esprits en Europe seront déconcertés par le vide que laisse la France dans le concert européen. « L'Europe, dira un diplomate, a toujours besoin d'être peu ou prou gouvernée. Aura-t-elle à se louer que la suprématie de la France soit remplacée parcelle de Bismarck? Six mois de campagne ne donnent pas la prédominance intellectuelle et morale; il y faut des siècles. »

C'était l'opinion du marquis de Gabriac et alors que tant d'événemenis contradictoires mais douloureux à son patriotisme se déroulaient sous ses yeux, il attendait avec confiance le jour plus ou moins prochain où, s'inquiétant déjà des entreprises

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