CHAPITRE PREMIER
de l'Allemagne avide d'établir son hégémonie sur le monde, les nations européennes reconnaîtraient qu'elles s'étaient trompées en laissant la France complètement à la merci du vainqueur et applaudiraient à son relèvement avec l'espoir d'en tirer parti si le péril germain devenait trop menaçant. Gabriac, au moment de quitter Berlin, ne se dissimulait donc pas les nouveaux périls que l'avenir portait dans ses flancs, mais il avait lieu de se flatter de les avoir sinon conjurés, du moins écartés pour longtemps. D'autre part, il laissait derrière lui dans le monde politique les plus sympathiques souvenirs. Son attitude lui valut d'inspirer bientôt une confiance dont le prince de Bismarck et l'empereur lui-même lui donnèrent un témoignage au moment où il se préparait à quitter Berlin, le premier en allant luimême à l'ambassade pour le remercier d'avoir favorisé la reprise des bons rap-
ports, et le second en lui offrant la décoration de r Aigle-Rouge, que d'ailleurs le diplomate refusa, considérant qu'il ne lui convenait pas de l'accepter, alors que les armées allemandes occupaient encore une partie du territoire français. Au terme de sa mission, il pouvait donc se féliciter d'avoir facilité la tâche de son successeur. Entre temps le cabinet de Berlin et le cabinet de Versailles s'étaient entendus pour régulariser leurs relations diplomatiques. Le comte d'Arnim était nommé ambassadeur d'Allemagne à Paris et le vicomte de Gontaut-Biron, ambassadeur de France auprès du gouvernement allemand. Les Mémoires de Gontaut, universellement connus aujourd'hui, nous dispensent de nous attarder au récit des événements qui caractérisent son ambassade. Elle embrasse une période de six années pendant lesquelles éclata la fameuse crise qui est entrée dans l'Histoire sous le