‹ La mission du comte de Saint-VallierChapitre 101 sur 161 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

ces procédés de ruse et, cette fois, il a d'autant plus raison que le banquier von Bleischrœder, confident de Bismarck, lui apporte l'assurance « que tout cela va cesser dès que la loi sera votée " .

Il importe d'ailleurs d'observer qu'en ce moment, le cbancelier était loin de vouloir provoquer des complications à l'extérieur. L'attitude des socialistes allemands lui causait les plus vives inquiétudes. Le maintien des lois d'exception votées par le Reicbstag à la suite de l'attentat de Nobiling contre l'empereur, qui continuaient à être appliquées avec une rigueur inexorable, soulevait des récriminations parmi les agents actifs du socialisme. Ses représentants dans le Parlement demandent au mois de mai 1880 l'abrogation de ces lois et comme on la leur refuse, l'un d'eux, Hasselmann, proteste avec énergie; sa protestation prend même un ton menaçant.

« Les répressions iniques dont souffre le

peuple, déclare-t-il, amèneront bientôt les ti'availleurs allemands à agir comme les nihilistes russes et comme les ouvriers français au temps de la Commune. Je m'identifie avec l'énergique sentiment révolutionnaire du peuple et je déplore que, dans cette assemblée, le parti socialiste ait autrefois refusé d'admettre l'alliance qui imit les socialistes aux anarchistes russes. Pour moi j'accepte cette solidarité, mais en ce qui me concerne seulement, ignorant jusqu'où mes collègues me suivront. J'ai la conviction que le peuple en arrivera bientôt à se persuader que le temps des bavardages parlementaires est passé et que le moment de l'action est arrivé. »

Il semble qu'après cette déclaration, Bismarck ait compris que les mesures de rigueur ne parviendront pas à remédier au mal qui sévit à travers l'Europe. Il projette alors de combattre les socialistes par leurs propres armes en faisant de l'État le

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