‹ La mission du comte de Saint-VallierChapitre 103 sur 161 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

blicaine, les entreprises des socialistes et <les nihilistes :

« Voilà nos véritables ennemis, dit-il à Saint-Vallier, bien plus redoutables que l'ambition ou les visées de tel ou tel voisin. Si nous étions sages nous devrions nous unir tous dans une ligue de défense sociale qu'il serait grand temps de former. Tant que les gouvernements ne se coaliseront pas contre l'ennemi commun, le flot de la révolution anarchique montera et deviendra de plus en plus menaçant. Il importe qu'à Paris les hommes au pouvoir opposent, à ses entreprises, une résistance déterminée. »

Tel était bien l'avis de Saint-VaUier et si, malgré la chute de Waddington, il n'avait pas abandonné son poste, c'est qu'il était convaincu que les personnages qui formaient toujours le gouvernement français étaient résolus à cette résistance. Mais il ne s'illusionnait pas, quant à la réalisation

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du projet que conseillaient l'Allemagne et la Russie et qui aurait eu pour effet de réunir tous les gouvernements en vue de conjurer un péril qui devenait de jour en jour plus redoutable. Comment leur demander de se réunir et de se concerter alors que les péripéties de la politique avaient créé entre certains d'entre eux des dissentiments assez aigus pour empêcher la for mation d'une ligue conservatrice? De plus en plus, les ambitions politiques des uns, les ressentiments des autres, tendaient à créer deux groupes d'alliance, nécessairement disposés à se contredire, à se desservir et à chercher à tirer parti les uns contre les autres de leurs embarras intérieurs .

Dans l'état des choses tel qu'il existait alors, l'entente que souhaitaient les gouvernements autocratiques était irréalisable et la guerre actuelle nous a prouvé que si» à l'époque dont nous décrivons les péripé-

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ties, les socialistes de tous les pays songeaient à se grouper pour faire triompher leurs revendications, il n'y avait pas chez tous une égale sincérité. Nous savons aujourd'hui qu'en dépit de ses vantardises et de ses prétentions à l'union générale du prolétariat européen, le socialisme allemand ne s'était pas assez libéré des influences dynastiques pour passer en temps opportun des paroles à l'action. Il prévoyait et prédisait des tentatives révolutionnaires contre le gouvernement organisé, mais le jour où il aurait pu s'y hvrer il s'est fait l'instrument servile du régime impérial qu'il déclarait vouloir détruire.

D'ailleurs, et nous le disons à l'honneur du socialisme français, il en a été de même de la majorité de ses partisans. Il avait déclaré que le jour où les empereurs et les rois voudraient entraîner les peuples dans la guerre, il lèverait la crosse en l'air et refuserait de marcher. Son patriotisme a

fait justice de cette menace; devant les dangers que courait la patrie, il a, sauf de très rares exceptions, pris les armes pour la défendre, et est entré résolument dans l'Union sacrée.

De tous les détails qui précèdent et de divers autres qu'on y pourrait ajouter, il résulte que l'ambassade de France à Berlin, durant les années qui suivirent le Congrès, ne constituait pas une sinécure et que chaque jour amenait quelque incident qui rendait plus lourde la tâche du représentant de la France. Au mois d'avril 1880, c'est la chute en Angleterre du cabinet tory que présidait le marquis de Salisbury et qui s'était toujours montré hostile à la Russie. L'événement met un terme, au moins en apparence, au désaccord qui, depuis le Congrès, régnait entre le cabinet de Saint-James et celui de Saint-Pétersbourg. L'Autriche et l'Allemagne s'alarment de cette réconciliation qui menace de

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