CHAPITRE XII
transformer l'échiquier européen, et le gouvernement français se demande avec anxiété si l'appui du chancelier ne va pas lui faire défaut alors qu'il devient plus que jamais nécessaire. Mais Saint- Vallier est bien vite rassuré en apprenant que les nuages qui assombrissaient les relations de Berlin avec Saint-Pétersbourg sont dissipés, ce qui équivaut à dire qu'en dépit des difficultés que rencontre dans les Balkans, par suite de la mauvaise foi des Turcs, l'exécution du traité de Berhn, la paix mondiale ne court aucun péril. C'est Gortschakoff qui se plaît à le lui déclarer dans l'entretien auquel nous avons fait allusion plus haut et qui mérite que nous en citions encore un extrait :
« Eh bien, vous savez, s'écrie le chancelier de Piussie, lorsque le 4 juin l'ambassadeur de France entre dans son appartement, j'ai vu Bismarck hier au soir; j'ai passé une heure en tête à tête avec lui et
206 MISSION DU C^e DE S AINT-VALLIEH
je puis dire que nous nous sommes entendus à merveille. Nous nous retrouvons de vieux amis comme nous l'avons été bien des années, heureux tous deux d'avoir dissipé, par une franche explication, le nuage qui, lors du Congrès de Berlin, s'était élevé entre nous. C'est lui d'ailleurs qui a pris l'initiative de l'entrevue satisfaisante que nous venons d'avoir et qui a amené une réconciliation complète, et je puis dire hautement qu'aujourd'hui rien ne trouble plus la politique amicale de nos deux empereurs.
« — Je vous félicite, mon prince, répond gaiement Saint-Vallier; vous avez mieux fait que César, à qui il a fallu trois jours pour dire : Veni, vidi, vinci. A vous, une heure a suffi, et vous avez su redresser d'un mot l'édifice un peu lézardé du Dieikaiserbund (alliance des trois empereurs).
u — Oh ! ça ne va pas peut-être jusquelà, objecte Gortschakoff, et je préfère les