‹ La mission du comte de Saint-VallierChapitre 110 sur 161 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

autant si ce n'est plus dans toutes les parties du monde? »

Ce langage que S aint-V allier avait fréquemment entendu dans la bouche du chancelier prenait encore plus d'autorité dans celle de l'empereur et bien que l'attitude du vieux souverain et de son ministre fût intéressée, l'ambassadeur s'en réjouissait puisque son pays en tirait profit. Mais il n'en était pas dupe ; il avait vu clair dès le premier jour dans le jeu de Bismarck et jugeait le personnage avec autant de prévoyance que de sagacité.

« il n'est pas guidé dans sa politique par des idées mesquines de haine ou de rancune, mais par des considérations plus élevées, basées sur ce qu'il croit être l'intérêt de l'iVllemagne ; il est trop sceptique, trop dédaigneux des moyens, trop indifférent aux jugements de l'opinion, pour subordonner ses plans et ses vues soit à des passions haineuses, soit à des sympathies

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nationales ou particulières pour atteindre le but de ses efforts, la consolidation et l'unification de son œuvre ; il s'unira aussi volontiers à l'ennemi d'hier qu'il brisera facilement l'ami, l'instrument de la veille.

« Toutefois, si nous devons nous défendre de parti pris, nous ne devons pas moins nous garder contre une interprétation amicale ou sympathique, de son attitude ; elle nous est favorable et nous demeurera telle tant qu'il y verra son intérêt. "

Ce jugement ne manque pas de sympathie, et peut-être s'en étonnerait-on si l'on ne se rappelait que le vrai Bismarck ne nous était pas encore apparu tel que l'ont révélé ses actes postérieurs, ses confidences^ à Moritz Busch et ses cyniques aveux. On était toujours vis-à-vis de lui dans la période de l'admiration. Celle de l'indignation n'avait pas commencé et ses déloyautés étaient encore ignorées aussi bien que

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