CHAPITRE XIII
une clairvoyance qui lui fait honneur.
« Il est évident que le chancelier a eu la pensée de détruire chez nous la confiance que la Russie pouvait nous inspirer comme il cherche à détruire à Pétersbourg celle que nous pourrions inspirer à la Russie. Son but est d'isoler l'une et l'autre des deux grandes puissances antagonistes naturelles de l'Allemagne. Cette politique a été servie par les événements plus tôt qu'on ne pouvait le prévoir, ^aujourd'hui, il s'agit d'achever cet isolement en persuadant à la. Russie qu'elle ne doit plus s'occuper uniquement que de sa politique intérieure, et que l'Allemagne qui résiste au socialisme par sa forte organisation est la seule à même de lui venir en aide pour conjurer un danger commun, à la condition que tout en paraissant céder à des affections de famille, le jeune empereur inféodera sa politique à celle de son oncle.
« Paralyser les forces du grand empire.
en disposer peut-être si les circonstances s'y prêtent, diriger de haut la politique des grandes cours de l'Europe, amener les autres par la crainte ou par l'intérêt à suivre l'impidsion donnée à Berlin ; sans menacer la France, l'isoler, la réduire à l'impuissance, nous faire supporter la responsabilité de toutes les commotions qui peuvent ébranler l'ordre de choses en Europe, tel est le rôle, tel est le but du chancelier, tout cela avec les formes les plus courtoises, avec l'apparence d'un intérêt qui semble croître à mesure que nous lui cédons, comme s'il pressentait qu'un jour, satisfaits d'une situation matérielle que nous chercherons à conserver quand même, nous en arriverons, nous aussi, comme l'Autriche et le Danemark, sinon à oubUer notre plaie de 1871, du moins à nous V habituer, en laissant s'achever l'œuvre entreprise, qu'il ne s'agira plus que de consolider, pour faire de l'Aile-