CHAPITRE XV
ment et qu'il aurait rendu moins amer son programme de rigueurs en ayant soin de dorer l'horizon. Je n'ai jamais châtié mes enfants sans leur promettre des honbons s'ils changeaient de conduite. Les peuples -«e mènent comme les enfants, dont ils ont les instincts, les passions et les défauts. " Il y avait beaucoup de vrai dans ces cridques. L'histoire du règne d'Alexandre III, -quand elle pourra être écrite, mettra en lumière l'erreur que commit à ses débuts ce souverain, erreur qu'ultérieurement il a réparée avec tant d'éclat vis-à-vis de la France, mais qui pour la conduite des affaires de son empire le détourna de la voie libérale que lui avait ouverte son père. Il trompait ainsi l'attente de ceux de ses sujets — ils forment l'éUte de la nation — qui pensaient que le plus sûr moyen de fermer l'ère des crimes, c'était d'orienter l'empire, prudemment mais résolument, vers un avenir de liberté.
Cette erreur, Saint-Vallier la constatait et par là son opinion se rapprochait de celle de Bismarck. Mais tandis que le chancelier ne dissimulait qu'imparfaitement la satisfaction que lui donnaient les embarras intérieurs de la Russie, l'ambassadeur de France ne s'inspirait que de son patriotisme. La reconstitution de l'alliance des trois empereurs lui apparaissait comme un grave danger pour notre pays ; il prévoyait que si l'anarchie qui menaçait tous les gouvernements n'était pas promptement écrasée, c'est les États soumis au régime parlementaire et la France surtout que les cours autocratiques accuseraient de favoriser le déchaînement effectif et brutal des doctrines de désordre et de destruction.
On retrouve la trace des inquiétudes de l'ambassadeur dans une lettre qu'il m'adressait le 29 mars 1881.
« Un nuage à l'horizon dont il m'est im-