CHAPITRE XVI
détriment de la Russie le Congrès de Berlin. « On se rappelle ici le passé agité, les conversions subites, les actes dangereux, irréfléchis, compromettants du général comme militaire et diplomate, les aventures dans lesquelles il avait lancé la Russie, les sacrifices, les pertes, les malheurs, l'échec en dernier ressort qu'a amenés sa politique orientale; on montre en lui l'instrument docile des comités panslavistes et des vieux-Russes du parti de Moscou, c'est-à-dire des ennemis invétérés de l'Allemagne. »
Ces inquiétudes, l'empereur Guillaume les partageait. Le jour où la nouvelle de la nomination d'Ignatieff était arrivée à Berlin, Saint-V allier ayant été reçu par l'empereur Guillaume fut le confident des inquiétudes qu'elle lui suggérait.
« Choisir un tel personnage pour gouverner la Russie, quelle erreur! s'écriait le AÙeillard. Un pays aussi troublé, théâtre
de si grands événements et d'aussi douloureuses catastroplies, aurait eu besoin d'une administration non moins prudente et sage que ferme et résolue. Peut-on espérer qu'un homme ayant le passé d'aventures du général Ignatieff apportera dans le gouvernement les idées de calme et d'apaisement qui seraient nécessaires? »
Le doute exprimé par l'empereur se retrouvait dans la bouche de la plupart despersonnages officiels qui revenaient de Saint-Pétersbourg, après avoir assisté aux obsèques de l'empereur défunt. Us se féUcitaient "d'ailleurs que l'action d'Ignatieff dût être circonscrite dans la politique intérieure. La politique extérieure était confiée à de Giers, nommé ministre des Affaires étrangères en remplacement du chancelier Gortschakoff dont la retraite était prochaine. De Giers inspirait confiance, et sa présence à la tête de la chancellerie russe corrigeait en partie ce que la présence