‹ La mission du comte de Saint-VallierChapitre 134 sur 161 · CHAPITRE XYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI

d'Ignatieff dans le ministère offrait d'inquiétant. Telle semblait être l'impression de Bismarck. Il parlait de l'événement avec plus de calme et de philosophie que son souverain et son attitude restait énigmatique. En se rappelant les jugements que, soit à la tribune, soit dans ses entretiens et ses lettres, il avait toujours portés sur Ignatieff, on devait croire que le choix fait par le tsar lui causait une irritation profonde, et c'est le contraire qu'on découvrait en lui.

« Avec un homme aussi souple, aussi peu scrupuleux que le général, écrivait encore Saint- V allier, il faut s'attendre à de si brusques métamorphoses suivant les intérêts ou les calculs de son ambition qu'en le voyant arriver au pouvoir par la protection du grand-duc Wladimir, le prince le plus inféodé à la politique allemande, dans un moment où l'étroit rapprochement des deux empires n'est plus un

262 MISSION DU Cte DE SA INT-V ALLIER

secret pour personne, je me suis demandé si le panslaviste Ignatieff, cet ennemi déclaré de l'Allemagne, n'avait pas opéré quelque nouvelle conversion et donné au chancelier des gages de docilité et de soumission suffisante pour se faire accepter par le grand homme d'État de Berlin. Le prince de Bismarck tient en général si peu de compte des hommes ; il est si dédaigneux du choix des instruments ou des moyens, qu'avec lui on peut s'attendre à beaucoup de surprise et qu'on a vu souvent son adversaire de la veille qu'il écrasait de son mépris, qu'il stigmatisait dans ses jugements, devenir son serviteur le plus zélé et parfois même, en apparence du moins, son familier bien accueilli. Les doutes que j'éprouvais ont été confirmés par un article de la Gazette de i Allemagne du Nord àéienà^Lnt avec une remarquable vivacité le général Ignatieff contre les attaques de la Gazette nationale. »

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