CHAPITRE XVI
Les attachantes appréciations de l'ambassadeur ne se fondaient jusque-là que sur des hypothèses. Mais, bientôt après, il était en mesure de leur donner une base plus sohde. S'étant rencontré avec « le confident le plus intime » de Bismarck, il l'avait interrogé sur la véritable pensée de celui-ci et consignait sa réponse dans le rapport d'où nous tirons ces détails.
« Pour vous dire le vrai, j'ai éprouvé un certain étonnement en ne le trouvant pas très monté contre l'avènement d'Ignatieff. Il s'est borné à me dire qu'il faut attendre et juger à l'œuvre le nouveau ministre en l'observant avec un soin attentif, en se tenant dans une grande réserve et en gardant au fond une défiance qu'il convient de ne pas laisser paraître. »
L'interlocuteur de Saint-Vallier complétait sa confidence en répétant textuellement la réflexion par laquelle Bismarck avait terminé l'entretien. « Si le général
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est resté l'Ignatieff d'autrefois, il n'en a pas pour deux mois; en tout cas, il ne serait pas le premier dont le pouvoir aurait changé les idées. Rappelez-vous le duc d'Orléans devenu Louis XII. »
Ce n'était pas assez pour changer les idées de Saint-Vallier et le convaincre de la possibilité et de l'efficacité d'une alliance entre Paris et Saint-Pétersbourg. La tenant pour irréalisable, il s'inspirait non moins vivement qu'à son arrivée à Berhn de la nécessité de bien vivre avec l'Allemagne, mais il se dissimulait de moins en moins que cet accord ne laissait pas d'être fragile et que sa durée restait subordonnée à l'abandon par la France, au moins momentanément, de toute pensée de revanche.
Ce renoncement s'était manifesté dans les actes du gouvernement français et dans les déclarations pacifiques, alors que les présidents de la République s'appelaient Thiers, Mac-Mahon, Grévy, et les minis-