‹ La mission du comte de Saint-VallierChapitre 136 sur 161 · CHAPITRE XYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI

très des Affaires étrangères , Decazes , Waddington, Ferry, Freycinet, Barthélemy-Saint-Hilaire. Mais en serait-il de même si, comme on le prédisait, Gambetta était porté au pouvoir? Consacré aux yeux de la nation par son rôle en 1870-1871 comme l'homme de la revanche, son avènement, quelque prudent et habile qu'il fût, ne serait-il pas considéré par l'Allemagne comme une provocation? Les souverains autocrates ne verraient-ils pas dans les doctrines d'idéal répubUcain dont il s'était fait le champion et qu'il s'appliquerait à mettre en honneur, un danger dressé contre leur couronne, une forme nouvelle de la guerre des peuples contre les rois? Partout le sociaUsme faisait rage et si Bismarck, alléguant les progrès du fléau anarchique et les désordres qu'il déchaînait ici et là, entreprenait de nous anéantir, les agitations qui se manifestaient dans les Balkans à la suite d'une guerre

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qui avait détruit la puissance musulmane en Europe, les rivalités qui déjà se disputaient hypothétiquement ce cadavre, ne favoriseraient-elles pas son entreprise?

Sans doute, il protestait sans cesse de son désir de maintenir la paix. Mais dans quelle mesure pouvait-on ajouter foi aux déclarations de ce grand comédien qui s'était fait du mensonge un moyen de gouvernement?

Ne se tenait-il pas toujours prêt à saisir l'occasion de réaliser ses rêves d'hégémonie?

Telles étaient les questions qu'éveillait dans l'esprit de Saint- Vallier la reconstitution annoncée de l'alliance des trois empereurs, question effroyablement angoissante pour les patriotes français, alors que, même pour les plus avisés et les plus réfléchis, la réponse restait incertaine, étant encore enfouie dans les ténèbres de l'avenir.

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