‹ La mission du comte de Saint-VallierChapitre 139 sur 161 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

même avec laquelle les comités de Moscou reprennent leur propagande, des symptômes alarmants qui se manifestent dans les provinces du sud de la Hongrie, de la haute et compromettante complicité que ces faits ont révélée, ne peuvent se dissimuler qu'une entente avec la Russie ne devra être désormais que précaire. Avec le nouveau règne, le panslavisme se réveille comme avant le Congrès de Berlin et rencontre un souverain slavophile de cœur, plus éloigné de Guillaume que ne l'était son père par les liens de parenté et ceux de l'affection, hésitant et timoré et conseillé par l'aventureux Ignatieff. »

On peut voir d'après ce langage que la visite d'Alexandre 111 à François-Joseph, loin d'être accueillie en Allemagne comme une démarche rassurante, laissait intactes les défiances qui régnaient à Berlin contre la Russie. Néanmoins, dans l'entourage de Bismarck, on s'efforçait de les dissimuler;

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les articles que la Wilhelmstrasse inspirait aux journaux officieux prouvaient que le mot d'ordre était de faire croire à l'entente des trois empires.

« Depuis dix ans, elle a conservé la paix à l'Europe, elle l'assurera également dans l'avenir et procurera aux nations assez de sécurité et de tranquillité pour qu'elles puissent consacrer toutes leurs forces aux travaux de la paix et au développement de leurs institutions économiques et sociales. L'entrevue de Dantzig ouvrirait les plus heureuses perspectives sous ce rapport s'il en était encore besoin. »

Sur cette appréciation bienveillante, d'autres journaux jetaient leur venin.

D'après eux, l'entrevue de Dantzig constituaitun triomphe pour l'Allemagne et pour l'Autriche-Hongrie et démontrait que, du côté russe, l'éventualité d'une entente avec la France était abandonnée.

Au cours de ces polémiques, on annon-

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càh la visite du roi d'Italie à Vienne, événement sensationnel, interprété déjà comme le prologue de l'accession du gouvernement italien dans l'alliance austroallemande ; mais il est piquant de constater qu'à cette occasion, la presse officieuse de Berlin affectait pour les offres qui se présentaient plus de bienveillance dédaigneuse que de satisfaction et d'attirance. Elle déclarait que tous les États qui partageaient les intentions de Guillaume et de François- Joseph étaient assurés d'un bon accueil, mais que ces nouveaux adeptes ne devaient pas songer à pénétrer dans le sanctuaire d'amitié étroite et exclusive qui unissait les cabinets de Vienne et de Berlin; il leur serait seulement permis de s'associer de loin à leur entente pour travailler au triomphe des idées pacifiques.

C'était un avertissement pour l'Italie comme pour la Russie; il est même à remarquer que bientôt, vis-à-vis de l'Italie,

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il s'accentua comme si Bismarck eût voulu saisir cette occasion de complaire au gouvernement français ; il fit prévenir le cabinet de Rome que l'alliance souhaitée par celui-ci ne devrait avoir aucun caractère hostile à la France'. « Sous cette réserve, nous accueillerons un allié, résolu avant tout à maintenir la paix sur la base des traités existants. »

En outre, on prévenait l'Italie que les relations établies entre l'Allemagne et la monarchie austro-hongroise étaient d'une nature tellement particulière cpi'il ne pouvait être question d'admettre un tiers dans leur intimité. Mais quiconque serait décidé au maintien de la paix et des traités internationaux était certain d'être bien accueilli, « sans qu'il fût nécessaire de recourir à une alliance en règle ». Si l'Italie voulait sérieusement se conformer à ces idées, revenir à la politique de 1876, caractérisée par les visites des deux empereurs à Victor-

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