CHAPITRE XIX
rAllemagne la formation du nouveau ministère. A peine rentré à l'ambassade où il devait résider encore durant quelques jours, il s'empressait de se mettre en état de répondre à ce qu'on attendait de lui. Ses premières informations lui furent fournies par les entretiens qu'il eut aussitôt avec les membres du corps diplomatique étranger parmi lesquels il ne comptait que des amis. Le langage que lui tint l'un d'eux résume admirablement celui que lui tinrent les autres.
« En apparence, on est satisfait; on a foi dans la sagesse de votre président du Conseil et dans son esprit politique. On se dit convaincu qu'il voudra et saura maintenir les relations sur un pied amical. Mais ce jugement est-il bien l'expression de la pensée intime en haut lieu? J'ai quelque peine à me le persuader et j'incline à penser qu'il y a dans ces propos sans réticence quelque chose de convenu. Sous
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une apparence de complète confiance, il y a un sentiment vague mais réel d'incertitude et d'attente à l'égard du nouveau venu ; on veille, on veut le voir à l'œuvre. Soyez certain que Bismarck redoublera d'activité et de vigilance pour jouer serré avec lui, parce qu'il sent qu'il faut compter avec lui. Je suis persuadé que le cbancelier veut la paix et qu'il cherchera à vivre en bonne intelligence avec Gambetta.
Mais il se peut qu'il s'inspire envers lui de la conduite qu'il tient en ce moment avec le général Ignatieff. Il considère le ministre russe comme capable de lui causer des surprises et de faire écbec à la politique austro-allemande en Orient; et pourtant, sa presse en fait foi, il n'est pas d'homme qu'en apparence, il porte plus haut et apprécie davantage. Mais en même temps, il exploite le péril nihiliste pour neutraliser dans l'esprit du tsar ce qui, dans les conseils d' Ignatieff, pourrait