CHAPITRE XIX
devenir dangereux pour l'Allemagne. " Renseigné par cette confidence, l'ambassadeur démissionnaire provoqua des entretiens avec le chancelier, avec le secrétaire d'État Hatzfeld et avec divers personnages du monde politique et de la cour; ils confirmèrent les propos qu'il avait déjà recueillis. Il se préparait à envoyer ces renseignements à Paris lorsqu'une lettre de Gambetta vint lui rappeler la promesse qu'il lui avait faite de l'informer exactement et sincèrement de tout ce que le gouvernement français avait intérêt à connaître. " J'attache le plus grand prix à recevoir des agents de la République au dehors des renseignements positifs sur l'état vrai de nos relations avec les gouvernements auprès desquels ils sont accrédités, sans souci de leur part si de telles informations peuvent plaire ou déplaire. L'optimisme en pareille matière serait la plus fatale des illusions.
298 MISSION DU C^^e dE S AINT-VALLIER
J'irai plus loin, et, afin d'arriver à une précision plus grande encore, je vous demanderai personnellement d'écarter tous les ménagements de style et de reproduire autant que vous le pourrez dans leur littéralité même les résel'^"es, les défiances, les suspicions fondées ou non que vous serez à même de recueillir de la bouche des nombreux personnages que vos relations de longue date vous permettent de sonder ou d'entretenir, votre caractère personnel vous mettant à l'abri de toute fausse interprétation de ma part. Ce sera d'ailleurs une ligne de conduite toute tracée pour votre successeur. »
En terminant cette lettre, le signataire s'étonnait que le chancelier, après avoir, dans un discours au Reichstag, protesté de ses vues amicales et de ses procédés conciliants, eût ensuite signalé à l'Allemagne comme un malheur pour la France et pour le peuple français la ruine d'une mo-