CHAPITRE XIX
narchie héréditaire. « Je ne sais ce que vous en pensez, avait-il ajouté, mais moi je regarde cela comme un malheur. » Ce langage était en effet singulièrement étonnant dans la bouche de l'homme d'État qui, depuis dix ans, déclarait à tout propos que le rétablissement de la monarchie en France aurait pour conséquence de déchaîner la guerre. Il est vrai qu'ainsi que le faisait remarquer Saint- Vallier, cet éloge inattendu de la royauté n'avait été probablement qu'un argument de tribune. Ce n'en était pas moins envers la RépubUque un procédé dépourvu de courtoisie qui cachait peut-être des arrière-pensées, à moins qu'il ne fût l'expression du mécontentement causé à Bismarck par le résultat des élections qui venaient d'avoir lieu pour le Reichstag ; elles lui avaient été nettement défavorables; la majorité qu'il comptait dans le nouveau parlement paraissait singulièrement diminuée quand on la com-
parait à celle dont il disposait dans l'ancien.
A la lettre que nous venons de résumer, Saint- Vallier répondait en décrivant les résultats de son enquête : < Les sentiments ici ne sont ni malveillants ni hostiles, mais empreints d'une défiance et d'une réserve marquées. Ce qui domine, dans le public, c'est la curiosité. L'empereur et la cour manifestent des appréhensions qui ne vont pas jusqu'au chancelier et au gouvernement. Là, c'est la réserve qui domine, attentive, soupçonneuse, dissimulée sous des dehors affectés de bon vouloir et d'assurances aimables, qu'Hohenlohe a pour mission d'exprimer à Paris. Je ne crois pas que ces assurances soient mensongères; je les crois même sincères dans une certaine mesm'e et qu'on désire entretenir avec nous des relations pacifiques et amicales. Mais avec la défiance instinctive de l'esprit allemand, le chancelier veut prendre ses pré-