CHAPITRE XIX
lait Saint- Vallier en arrivant à Berlin, allait se continuer. Il dut comprendre bientôt qu'il y avait quelque chose de changé et que la même bonne entente d'autrefois n'existerait plus au même degré. Huit mois après son installation, Bismarck se plaignait de ne pas trouver en lui la même souplesse que chez Saint- Vallier.
C'est au prince de Hohenlohe qu'il faisait cette confidence. Le 7 novembre, étant en visite à Varzin, le diplomate allemand écrit dans ses souvenirs : « Bismarck s'exprime peu favorablement sur Courcel. Il le dit trop agressif et manquant de sang-froid. Si nous n'avions pas tous les égards du monde pour la France, son attitude aurait déjà donné lieu à des complications. »
Ces propos étaient inspirés au chancelier par le mécontentement et les déceptions qu'éveillaient en lui les difficultés auxquelles se heurtait ce qu'il appelait sa politique d'intérêt. Les résultats de cette
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politique en Alsace-Lorraine, l'inutilité de ses efforts pour amener à la soumission les populations des deux provinces et pour faire renoncer la France à l'espoir de les reconquérir, lui causaient autant d'irritation que de soucis. En favorisant les entreprises du gouvernement français sur les rivages africains, il avait cru le détourner du Rhin; ce rêve ne s'étant pas réalisé, il en voulait à la France d'avoir ainsi trompé ses espoirs ; les griefs qu'il nourrissait contre Courcel n'avaient pas d'autre cause. Sous l'empire de son ressentiment, il disait à Hohenlohe : « Ne manquez pas de faire savoir à Saint-Vallier que nous le regrettons. "
Nous ne nous dissimulons pas que ce regret exprimé par le plus ardent ennemi de notre pays et qui de sa part, équivaut à une louange pour le diplomate français, risquait, s'il avait été divulgué, d'attirer à celui-ci le blâme des patriotes, qui ne tien-