CHAPITRE XIX
lient compte ni des circonstances ni des possibilités. Mais nous croyons avoir démontré que Saint-Valiier, au cours de sa mission, avait rempli tout son devoir et qu'il ne saurait être blâmé d'avoir joué serré avec un homme qu'il considérait comme un adversaire redoutable. En exploitant dans l'intérêt de la France un bon vouloir dont il avait d'ailleurs deviné les origines et les causes, il s'était révélé aussi bon serviteur de son pays et aussi bon patriote que les patriotes les plus exaltés. Si, d'une part, on peut lui reprocher d'avoir, au Congrès de Berlin, en compagnie de Waddington, favorisé la politique de l'Allemagne, il faut, d'autre part, le louer d'avoir ensuite contribué à assurer à la France la possession de l'empire colonial qu'elle détient aujourd'hui. Qu'à l'époque où se déroulaient ces événements, les critiques dont cette politique était l'objet aient pu paraître fondées et
légitimes, cela n'est pas douteux. Mais qui oserait les formuler encore contre Saint- Vallier et contre les ministres dont il exécutait les ordres, alors qu'il est prouvé qu'il ne cessa jamais de les mettre en garde contre les illusions que pourraient leur suggérer les complaisances de Bismarck. Dans plusieurs des dépêches que nous avons reproduites, il leur laisse entendre que, dans la conduite du chancelier, la part de ruse est plus grande que la part de sincérité. A lire ces lignes prophétiques, on pourrait croire qu'il prévoyait déjà qu'un jour viendrait où l'Allemagne tenterait de s'emparer du domaine colonial que grâce à elle la France avait pu se constituer. Quand les Français auraient essuyé les plâtres, ce serait une proie bonne à saisir.
Du reste son successeur, s'il n'a pas toujours la même patience devant la contradiction qui existe si souvent entre les propos qu'on lui tient et le langage des ga-