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Il ne prenait pas au pied de la lettre cette brfdante déclaration d'amour. Il savait déjà par expérience qu'en Allemagne «rien ne s oublie et que dans les cœurs allemands les rancunes et les griefs se transmettent comme un héritage ». Mais s'il se défendait ainsi d'illusions dangereuses, et qui lui auraient valu d'amers déboires, il n'en était pas moins heureux de l'accueil qu'il recevait du comte de Bùlow et qui semblait de nature à facihter sa mission.
Cet accueil ne fut pas démenti par celui que lui firent l'empereur Guillaume et le prince de Bismarck. Là encore il fut couvert de plus de fleurs qu'il n'en avait attendu ; il débutait donc à Berlin sous les plus favorables auspices. Bismarck étant venu le voir en rentrant de Varzinlui avait dit que son discours à l'empereur, en présentant ses lettres de créance, répondait entièrement aux vues du cabinet de Berlin et définissait dans un langage doré le ter-
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rain sur lequel celui-ci voulait marcher de concert avec l'ambassadeur de France.
Dès ses premiers rapports avec les princes et princesses de la famille impériale, le monde de la cour et ses collègues du corps diplomatique, Saint- Vallier pouvait constater combien étaient nombreuses et graves les questions qui préoccupaient l'Allemagne et s'imposaient à l'attention de son gouvernement. Dans la pensée du prince de Bismarck, l'heure était venue de substituer à la persécution contre l'Église une politique d'apaisement et de pacification; il consentait à répondre aux avances du Saint-Siège formulées par le pape Léon XIII et s'engageait, contrairement à ses résolutions antérieures, sur le chemin de Canossa, transformation totale de sa politique et qui nécessitait de sa part une prodigieuse habileté s'il ne voulait pas que sa renommée dans l'empire fût atteinte.
La difficulté de plus en plus accentuée
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que rencontrait en Alsace-Lorraine l' œuvre de germanisation était aussi une causé de soucis. Il fallait également tenir la main au développement de la puissance militaire de l'Allemagne. C'était de même la préparation du Congrès de Berlin et les négociations engagées entre les puissances européennes pour résoudre les difficultés soulevées par la guerre russo-turque et par les victoires de la Russie (1).
C'était enfin les progrès vertigineux du socialisme, lesquels exigeaient des mesures immédiates etradicales pourporter remède à une situation devenue plus menaçante de jouren jour. Mais l'ambassadeur de France constatait également que, parmi ces préoccupations, les deux dernières dominaient en ce moment toutes les autres. On sait que le gouvernement français ne prit part
(1) J'ai résumé ces négociations laborieuses dans mon livre : Ferdinand J", tsar des Bulgaj-es (Paris, Attinger frères, éditeurs).
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aux négociations qui précédèrent le Congrès que pour déclarer qu'il était uniquement acquis à la cause de la paix eL qu'il donnerait son concours à toute mesure susceptible d'en assurer le développement d'une manière conforme à la justice et à l'intérêt des populations. En fait, au mois de mai, la réunion du Congrès était assurée par le consentement unanime de toutes les puissances. La date en était fixée au 13 juin et c'est le chancelier qui devait le présider. Quant à la question du socialisme, elle allait se poser, comme on le verra tout à l'heure, d'une manière imprévue et tragique. Mais, entretemps, surgissaient des incidents de nature très différente et qui donnaient tour à tour à l'ambassadeur de la République des satisfactions et des inquiétudes.
Il y a heu de rappeler d'abord un épisode sans rapport direct avec sa mission, mais qui préoccupa un moment les mem-