CHAPITRE III
mais j'avais dû m'incliner, en souverain respectueux de la Constitution, devant l'avis unanime de mes ministres; il était alors contraire au mien et je me réjouis qu'il soit devenu aujourd'hui, grâce à vos efforts, conforme à mon propre sentiment. Je vous promets de contribuer à l'éclat de votre Exposition en y envoyant les plus beaux tableaux de mes palais; je vois dans ma décision un gage de concorde profitable à nos deux pays. "
En présence de cette déclaration, Saint- Vallier était autorisé à se demander si « cet âge d'or » annoncé par Biilow dans leur premier entretien allait produire d'autres heureux effets. Peut-être put-il en douter lorsque, durant les jours suivants, ♦ la lecture des journaux allemands lui apporta la preuve que tout le monde à Berlin n'approuvait pas la décision impériale : on en était plus surpris que satisfait; on allait même jusqu'à taxer d'incon-
séquence la conduite du gouvernement allemand.
Une autre circonstance vint d'ailleurs jeter un nuage sur la satisfaction de Saint- Vallier. Une ambassade marocaine était arrivée à Berlin et avait reçu l'accueil le plus empressé. Des chevaux et des voitures de la cour, des piqueurs des écuries impériales avaient été mis à la disposition des envoyés du sultan du Maroc; des revues avaient été données en leur honneur; on leur avait offert des loges au théâtre et des dîners au palais impérial. Lorsqu'ils étaient partis, ils avaient été accompagnés à la frontière par une escorte d'honneur et l'empereur avait voulu payer sur sa cassette tous leurs frais de voyage et de séjour. Le général Chanzy, gouverneur de l'Algérie, s'était ému de cette réception; on n'eût pas mieux fait pour un souverain. Il craignait que, dès ce moment, l'Allemagne essayât d'obtenir un port sur