CHAPITRE III
la côte du Maroc ou sur celle de Tripoli. Saint- V allier, consulté, n'en disconvint pas. Mais il ne croyait pas que Berlin eût un objectif immédiat. On avait voulu laisser aux envoyés marocains une impression favorable et durable de leur séjour en Allemagne et les éblouir par le spectacle de la puissance militaire de l'empire qu'on leur avait fait admirer chaque jour dans des revues et des manœuvres. On espérait que, grâce à la bienveillance de l'empereur et de la cour, ils seraient disposés, en rentrant dans leur pays, à y préparer un terrain propice à l'influence allemande, lequel pourrait être utilisé plus tard. On avait posé des jalons pour avoir sous la main, le cas échéant, un facteur efficace. Pour dissimuler ces intentions, on avait feint de travailler surtout à obtenir du Maroc une commande pour les usines d'Essen, que les envoyés avaient visitées avant de quitter la Prusse pour aller
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par la Suisse s'embarquer à Marseille.
Après cette explication, Saint-Vallier, en homme soupçonneux et prévoyant, était d'avis qu'il fallait tenir compte des renseignements donnés par le général Chanzy et veiller à Berlin, à Tanger et en Algérie, sur les faits et gestes des Allemands et des Marocains. A ce moment, c'est-à-dire à la veille du Congrès, Bismarck n'avait pas fait encore à la France les ouvertures sur la Tunisie qu'entendit, quelques jours plus tard, Waddington dans la bouche du chancelier, et si notre ambassadeur trouvait exagérées les craintes de Chanzy en tant que menace d'un effet immédiat, il ne les écartait pas pour l'avenir, donnant ainsi, comme le gouverneur de l'Algérie, un témoignage de sa perspicacité.