‹ La mission du comte de Saint-VallierChapitre 33 sur 161 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

autre direction. L'initiative privée avait créé dans cette île un petit établissement allemand d'un caractère purement commercial et qu'il était devenu nécessaire de protéger. Un navire de guerre y fut envoyé à cet effet non sans provoquer les défiances des États-Unis et de la Grande-Bretagne. Il y eut une discussion dans le Conseil des ministres afin de décider quelle réponse il convenait de faire à ces deux gouvernements. Le chancelier, à l'avis duquel s'était rangé le prince impérial, soutint qu'il était de l'intérêt de l'Allemagne de n'avoir pas de colonies.

« Elle commence à peine à être puissance maritime, dit-il, et ne peut espérer d'égaler l'Angleterre, la France ou l'Espagne qui sont colonisatrices depuis des siècles. Pour dominer des populations barbares et posséder des tejritoires d'une valeur contestable, nous nous exposerions à de graves embarras, à des risques excès-

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sifs et à beaucoup de dépenses dont nous ne tirerions aucun profit. »

A la suite de ce conseil, les entreprises coloniales parurent abandonnées. Mais elles ne l'étaient que provisoirement et Saint-Vallier pouvait prédire qu'elles reprendraient une vie nouvelle et plus intense lorsque l'Allemagne posséderait une importante flotte de guerre. C'était aussi l'avis de Bismarck. Mais son sentiment à cet égard devait encore se modifier sous la poussée des influences contraires qui s'exerçaient dans l'empire depuis la prise de possession de Tile de Samoa. Dès 1880, on verra le gouvernement et la presse à ses gages vanter les avantages d'un empire colonial. La pensée dont s'inspirent alors les ambitieux promoteurs de cette doctrine nouvelle est d'amener peu à peu l'opinion allemande à se convaincre du profit qu'il y aurait à changer le courant de l'émigration, qui s'est porté jusque-là

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