CHAPITRE IV
vers les Étals-Unis, et à le diriger vers des territoires qui appartiendraient à la mère patrie et dont il assurerait la prospérité. Pour comprendre ce désir qui se manifestait pour la première fois, il faut se rappeler l'importance qu'avait prise depuis dix ans, c'est-à-dire depuis la guerre de 1870, l'émigration allemande. Les lourds impôts, les exigences du service militaire, la crise agricole et industrielle l'avaient rendue plus importante et plus active. Elle résultait, on le voit, de la situation intérieure de l'empire et du malaise économique, mais elle se fortifiait aussi par suite de l'imagination vagabonde du Germain et de son esprit d'aventure, se développant ou se ralentissant tour à tour, suivant les bonnes ou les mauvaises années . Dans la Saxe, en Bavière, en Posnanie, on voyait s'expatrier des villages entiers, se dépeupler des contrées agricoles dont les habitants, découragés par les mauvaises
66 MISSION DD C^e DE S A INT-V A LLIER
récoltes, ruinés par les impots, décimés par la loi militaire, abandonnaient leurs cabanes et leurs terres sans même toujours trouver à les vendre, pour s'enfuir vers l'Eldorado américain où les attiraient les parents et les amis qui les y avaient précédés. Beaucoup succombaient dans ce long voyage; ceux qui arrivaient au terme n'y trouvaient pas tous la richesse rêvée, mais l'exemple de quelques pionniers du Far-West suffisait pour encourager et enflammer les autres. Du reste, leur existence dût-elle demeurer précaire, ils considéraient comme un bien inestimable qui leur était assuré d'avoir affranchi leurs fils de l'esclavage militaire de l'empire.
Au surplus, transportés dans le nouveau monde, ils n'y oubliaient pas la patrie. Ils lui demeuraient fidèles, s'intéressaient à sa grandeur, donnaient leur concours à toutes les œuvres auxquelles ils pouvaient participer, conservant leur