‹ La mission du comte de Saint-VallierChapitre 35 sur 161 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

langue, leurs mœurs, leurs coutumes. Des écoles allemandes, des temples allemands, des journaux en langue allemande, des librairies pourvues surtout d'ouvrages allemands surgissaient comme par miracle partout où se créait un centre de population germanique. On avait pu apprécier pendant la guerre de 1870 combien les Allemands établis en Amérique s'étaient passionnés pour la cause de la métropole, et nous les avons vus en ces derniers temps se passionner encore davantage pour la mère patrie et pousser le dévouement qu'ils lui ont conservé jusqu'à trabir le noble et grand pays où ils avaient reçu l'bospitalité.

Mais, malgré la vivacité de ces sentiments, on objectait, à l'époque dont nous parlons, que ces émigrés n'étaient plus les sujets de l'empire et que les éléments si considérables qu'ils représentaient étaient perdus pour l'Etat. Aussi le gouvernement

avait-il cherché, à divers reprises, à entraver le courant de l'émigration. Il avait successivement tenté de le diriger vers les régions incultes de la Prusse orientale ou vers r Alsace-Lorraine. Mais le sol pauvre et glacé de la première et l'hostilité marquée des habitants de la seconde avaient rendu vaines ces tentatives. C'est ainsi qu'avait pris faveur avec une énergie extraordinaire l'idée de créer des colonies lointaines dans les parages où l'Allemagne pourrait acquérir des territoires vierges encore de toute domination européenne^ et d'y porter peu à peu les émigrants en les tentant par la perspective d'avantages plus grands qu'aux États-Unis : terres fertiles largement distribuées, concours financier pour les frais de premier établissement, transport gratuit, et surtout en faisant vibrer la note patriotique d'un grand service à rendre à l'Allemagne, de nouveaux domaines à lui assurer, d'im-

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