CHAPITRE V
Mahon, président de la République française, ils ne lui avaient pas dissimulé les inquiétudes que leur causaient les forfaits anarchistes. Ils s alarmaient de l'état de l'Allemagne, révélé par les attentats et confirmé chaque jour par des offenses contre l'empereur, par les lettres anonymes qu'il recevait et qui lui annonçaient qu'il serait assassiné s'il osait se montrer dans les rues de la capitale.
Il est cependant remarquable que, sauf dans le monde de la Cour et dans les milieux militaires, personne ne paraissait vouloir des lois d'exception. Les projets déposés au Reichstag étaient généralement désapprouvés. Le prince de Bismarck n'en était pas moins résolu à les défendre, bien que l'attitude des députés témoignât d'une ferme volonté de les repousser. Le 8 juin, huit jours après l'attentat, ils les condamnaient par un vote auquel le pays paraissait disposé à applau-
(lir. Mais comme le vote venait d'être émis, le chancelier se levait et donnait lecture d'un rescrit impérial qui prononçait la dissolution du Reichstag; un autre décret convoquait les électeurs de l'empire pour le 30 juillet suivant.
Les députés dont le nom sortit de l'urne et qui allaient former le nouveau Reichstag étaient en majorité plus complaisants que ceux qu'ils venaient remplacer. Il s'y trouvait cependant plusieurs membres résolus à refuser leurs voix au gouvernement et en particulier ceux d'Alsace-Lorraine dont le vote des électeurs des deux provinces avait prouvé leur fidélité à la France et le peu d'influence du germanisme. Partout ses candidats avaient été battus; le parti autonomiste mordait la poussière et des noms chers aux amis de la France reparaissaient au Reichstag. A cette occasion les journaux de Paris avaient constaté que les pays annexés n'avaient rien oublié,