CHAPITRE VI
lin, les propos bienveillants et encourageants que celui-ci lui avait déjà tenus.
« Eh bien! lui fut-il dit, je crois que la poire tunisienne est mûre et qu'il est temps pour vous de la cueillir. L'insolence du Bey a été le soleil d'août de ce fruit africain qui pourrait bien maintenant se gâter ou être pris par un autre si vous le laissiez trop longtemps sur l'arbre. J'ignore si cela vous tente et ce que vous voulez faire, mais je tiens à vous rappeler ce que j'ai dit en juillet à M. Waddington; mon désir est de vous donner des gages de bon vouloir dans les questions qui vous touchent et où il n'y a pas d'intérêts allemands opposés aux vôtres. »
Saint- Vallier remerciait. Mais Bismarck reprenait :
'< Ce n'est que juste, car j'apprécie les efforts que vous avez faits lui et vous pour apaiser les passions et ramener la sécurité et la confiance entre nos deux pays. Je
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tiens trop à la paix pour ne pas apprécier la valeur du service et je désire le reconnaître. Je me félicite donc que l'affaire de Tunis me donne l'occasion de vous déclarer que M. Waddington au ministère et vous ici, vous êtes à mes yeux des gages de paix et d'entente ; je connais vos difficultés intérieures et je veux vous aider à donner à votre opinion publique des satisfactions nécessaires pour un grand peuple qui a souffert et qui a besoin de sentir qu'on le respecte à l'étranger. L'intérêt de ma politique me commande d'ailleurs cette conduite, car pas plus que l'empereur, qui veut mourir glorieux et tranquille, je ne me soucie d'avoir encore en ma vie une autre guerre sur les bras. Je ne veux plus d'annexion, je vous l'ai déjà dit; nous n'en avons fait que trop. Je repousse donc les aventures et je tiens au calme et à la sécurité, garantis par des rapports amicaux. »