‹ La mission du comte de Saint-VallierChapitre 52 sur 161 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

j'y aurais aimé un peu moins de facilité, car c'est pour d'autres d'un bien mauvais exemple. Un peu de sang répandu n'aurait pas été un mal et aurait évité à l'Europe dans l'avenir de plus redoutables commotions. » Mais on s'inquiétait surtout du lendemain; on redoutait les progrès du parti révolutionnaire et la défaite plus ou moins prochaine des partis modérés. Le marquis de Vogiié se gardait bien d'ailleurs de laisser voir au gouvernement auprès de qui il représentait la France qu'il partageait ses inquiétudes. Lorsqu'il alla prendre congé de l'empereur François- Joseph, celui-ci ne les lui dissimula pas. 11 s'alarmait des tendances des hommes nouveaux qui arrivaient au pouvoir L'ambassadeur démissionnaire était trop bon patriote pour ne pas s'attacher à dissiper ces alarmes. Son langage était tel qu'il laissa l'empereur entièrement rassuré pour l'avenir ou tout au moins feignant de l'être.

En le quittant le marquis de Vogiié écrivait avec autant de vérité que de justice envers lui-même :

« J'ai la conscience d'avoir fait mes efforts pour représenter dignement mon pays, pour lui acquérir des sympathies et pour inspirer confiance dans sa puissance et dans son avenir. "

Il conformait sa conduite à ses paroles et loin de montrer de l'humeur et de sortir en faisant claquer les portes, il ne quittait son poste qu'à la fin du mois de mars.

Ayant pris la résolution de conserver le sien tant que Waddington dirigerait les affaires de la République, Saint-Vallier rentrait à Berlin le 18 février. Invité pour le surlendemain à une soirée que Guillaume I" offrait au corps diplomatique, il fut charmé de voir le vieux souverain revêtu du grand cordon de la Légion d'honneur; c'était une attention à laquelle l'ambassadeur ne pouvait ne pas être sen-

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