CHAPITRE VIII
une faute parlementaire, une complication sérieuse pour le gouvernement et un danger pour le pays : « Dieu a mis le cerveau de l'homme dans la partie de son organisme la plus abritée; il l'a enfermé dans une boîte qui est évidemment la partie la plus résistante de sa charpente osseuse. Il y a là un enseignement dont il faudrait tenir compte, » finissait-il en blâmant la loi d'amnistieque venaient de voter les Chambres françaises. Par contre il les approuvait d'avoir renoncé à faire le procès des ministres du 16 Mai, « ce qui eût été, disaitil, une concession dangereuse à un entraînement irréfléchi. »
Il n'y a pas lieu d'extraire de ce monologue une citation plus longue ; on sait que le chancelier était verbeux et qu'il aimait surtout, en présence d'étrangers, à juger les hommes et les choses. Chanzy ne dissimula pas l'intérêt qu'il avait pris à cette conversation, mais il ne se laissait pas
séduire par les raisonnements qu'il venait d'entendre; il comprenait que Bismarck avait surtout parlé pour l'enguirlander et l'éblouir. Il poussa la coquetterie jusqu'à laisser croire qu'il était ébloui et enguirlandé, et par cette feinte il gagna en une soirée la sympathie du chancelier de l'empire. V
Du reste, il laissait derrière soi la meilleure impression. Sa visite à l'empereur lui valut des sympathies analogues. Guil- Luime lui parla de sa carrière, des fonctions qu'il venait de remplir en Algérie; puis il ajouta : " Votre mission à Saint- Pétersbourg vous intéressera. Vous recevrez de l'empereur Alexandre le meilleur accueil. Nous travaillerons tous à la paix; c'est mon désir et ma volonté ; je ne cesse d'agir en conséquence. "
Dans un pays imprégné de militarisme, un général illustre devait forcer l'estime et le respect et l'accueil qu'il reçut dans