CHAPITRE PREMIER
« Gardez- VOUS, lui avait dit le président, de prendre un air mécontent, dédaigneux OLi boudeur qui déplairait sans profit pour personne et vous fermerait toutes les portes. Il vaut mieux dévorer en silence les faits accomplis et faire bonne mine à mauvais jeu. »
Il a raconté, et nous renvoyons le lecteur à son récit, ce que fut sa première entrevue avec le chancelier de l'Empire. Bismarck l'accueille avec courtoisie, mais ne lui cache pas qu'il se défie des dispositions de la France et que lorsqu'elle proclame par la voix de ses gouvernants qu'elle ne poursuit qu'une œuvre de paix, il ne croit pas à sa sincérité. Il sait bien qu'elle n'est pas encore en état de recommencer la guerre et qu'elle paiera sans difficulté les premiers milliards de l'indemnité; mais il prévoit que lorsqu'il faudra payer les milliards complémentaires, elle se révoltera et prendra les armes. Il assigne
même une date à cette levée de boucliers. C'est en 1874 qu'elle éclatera. Le chargé d'affaires proteste avec énergie en des termes qu'il n'y a pas lieu de reproduire ici. Mais le langage que lui a tenu Bismarck, il le retrouve dans les propos des sous-ordres du chancelier. C'est à l'un d'eux, Delbruck, sous-secrétaire d'Etat, que lassé d'entendre des accusations imméritées, il fait une réponse qui nous le montre résolu à détruire partout où il les rencontrera les soupçons injustes dont son pays est l'objet.
Peu de temps avant, dans l'Est, des soldats allemands appartenant au corps d'occupation, avaient été assassinés par des paysans. Traduits en cour d'assises par la juridiction française, les assassins avaient été acquittés et Delbruck, en des propos violents et amers, imputait au gouvernement de Thiers la responsabilité de cet acquittement :