‹ La mission du comte de Saint-VallierChapitre 7 sur 161 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

« Vous ne nous comprenez pas, s'écrie Gabriac. L'Allemagne est victorieuse; son régime intérieur n'est pas contesté parles partis. Elle peut donc être calme. En est-il de même de nous? Le nouvel empire germanique a-t-il vu ses départe^nents envahis, son territoire démembré? Doit-il payer une contribution de guerre écrasante? Puisqu'il n'en est pas ainsi, l'Allemagne devrait être modérée et ne pas donner tant de retentissement à quelques acquittements scandaleux. Est-il juste de faire tomber sur la France la faute de quelques personnes? Est-il juste de dire, comme le fait votre presse, que nous sommes une nation sans honneur? Il ne faut pas pousser un peuple au désespoir. Vous désirez la paix, je n'en doute pas, mais vous vous trompez si vous croyez l'assurer par un régime de dureté. Vous avez reconnu le légitime orgueil de la France; ne lui faites pas d'incurables

blessures. Quand nous nous efforçons de libérer notre territoire et de tenir nos engagements, ne nous rendez pas la tâche impossible, car nous serions débordés par le parti radical et hors d'état de les remplir. »

Delbruck s'émeut de cette protestation, il bat en retraite, il reconnaît qu'il y a du vrai dans ce qu'il vient d'entendre et se contente d'observer qu'il faut de part et d'autre beaucoup de prudence.

Au lendemain de cette algarade, Gabriac écrivait à Rémusat, son ministre (1) : « Il y a un point qu'il sera bien important de faire accepter chez nous en principe, c'est qu'aujourd'hui, à quelque point de vue que l'on se place, celui de l'acceptation douloureuse du fait accompli ou celui d'une revanche dans l'avenir, le vrai patriotisme consiste à se taire. Imitons la

(1) Cette lettre ne figure pas dans ses Souvenirs.

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