‹ La mission du comte de Saint-VallierChapitre 62 sur 161 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

trop loin et il décide de s'excuser. Il fait donc appeler le chargé d'affaires de France et comme entrée en matière il lui déclare qu'il a à cœur de dissiper un malentendu; il le dissipe en ces termes :

« Je n'ai jamais le temps de préparer mes discours au Reichstag et de me rendre bien exactement compte de l'effet de mes paroles, mais j'étais à cent lieues de vouloir rien dire qui fût désagréable au gouvernement français. De tous les gouvernements de la France, il est celui qui est Je plus irréprochable et qui eût le moins mérité une allusion désobligeante. » Pour finir, il proteste de la sincérité de ses intentions amicales, couvre Waddington d'éloges en chargeant le comte de Moiiy de lui transmettre ses excuses pour la fâcheuse impression qu'il lui a causée involontairement.

Peut-être faut-il voir dans l'accès d'humeur qu'il cherchait à se faire pardonner

120 MISSION DU ÇTE DE SAINTVALLIER

un effet du mécontentement que lui causait l'échec de la politique allemande dans les provinces annexées. L'œuvre d'assimilation n'avait fait aucun progrès et les procédés de gouvernement employés pour germaniser les populations s'étaient successivement brisés contre une inébranlable fidélité au souvenir du passé; alors que depuis sept ans, elles subissaient le joug étranger, elles n'étaient pas résignées au fait accompli et leur attitude faisait prévoir qu'elles ne se résigneraient jamais. A Berlin, on se demandait avec impatience comment on mettrait un terme à cette situation fâcheuse et qui deviendrait rapidement grosse de périls s'il n'y était porté remède.

A une date antérieure, un parti autonomiste s'était formé dans les deux provinces, composé en grande partie de partisans secrets de l'Allemagne, convaincus d'ailleurs de la nécessité de dissimuler leurs sympa-

Page 1