‹ La mission du comte de Saint-VallierChapitre 65 sur 161 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

proposait d'augmenter ultérieurement l'apanage de sa fille préférée, la grandeduchesse de Bade, en ajoutant l'Alsace au grand- duché tandis que la Lorraine serait incorporée dans la Prusse rhénane, les petits États demandaient que le lieutenant impérial nepût être choisi parmi les princes régnants. La demande ne fut pas admise, mais elle était une preuve des jalousies qui régnaient dans les pays d'empire et qui ne s'apaisaient que lorsqu'il s'agissait de s'entendre sur les moyens de fortifier dans les provinces annexées la domination allemande.

Néanmoins, même décapité des dispositions qui l'eussent fait accueillir comme un bienfait par les Alsaciens-Lorrains, le projet leur paraissait préférable à l'état de choses qu'ils avaient subi jusque-là. Gomment n'auraient-ils pas ouvert l'oreille à la voix du tentateur qui leur disait : «Vous deviendrez un État neutre, un trait d'union

126 MISSION DU C^"- DE S AINT-V A LLIER

entre la patrie regrettée et celle que la force des choses vous impose "? Le gouvernement impérial ne négligeait rien pour entretenir cette illusion à l'aide de promesses retentissantes, de largesses et d'une savante mise en scène. Il voulait convaincre l'Allemagne et l'Europe que les provinces annexées ne regrettaient plus la France et préféraient à l'existence difficile à laquelle elles étaient vouées depuis l'annexion cette autonomie qui leur ferait croire que Strasbourg était une capitale et en posséderait désormais tous les avantages et toutes les immunités.

En exposant avec tristesse à son gouvernement les détails de ce projet, le comte de Saint-Vallier ajoutait :

« On prêchera aux populations qu'elles doivent s'estimer heureuses d'être attachées par les liens de la reconnaissance à un souverain qui les a dotées d'une organisation aussi libérale que bienfaisante.

Page 1