‹ La mission du comte de Saint-VallierChapitre 67 sur 161 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

et avoués, notaires, huissiers ont été obligés, pour éviter la ruine, de se faire les séides du gouvernement. Les villes, dans la Basse- Alsace surtout, ont subi cette influence; les campagnes en Lorraine et dans la Haute-Alsace ont résisté; les élections de l'an dernier l'ont prouvé, mais depuis on dirait que les habitants sont entrés dans une période de lassitude et de découragement. »

La fin probable et prochaine du Kulturkampf en Allemagne était aussi pour les patriotes français une cause d'inquiétude. Ils en prévoyaient les résultats douloureux pour l'influence française dans les provinces annexées à l'Allemagne. Jusqu'à ce jour, l'élément protestant s'était montré bien moins réfractaire à la propagande germanique que la population catholique.

Ce fait, également constaté en Alsace et en Lorraine, s'expliquait aisément. En effet les fonctionnaires impériaux et les immi-

grants accourus en grand nombre de l'autre côté du Rhin, appartenaient presque tous à la religion protestante; il en était beaucoup d'origine allemande, et les autres ayant reçu l'instruction dans les universités d'Allemagne, la conformité de religion, d'éducation, d'habitudes, de langue dans la plupart des cas, les disposait naturellement à tourner leur sympathie vers l'Allemagne, et leur influence, s'exerçant parmi leurs coreligionnaires, agissait trop souvent d'une manière efficace pour les réconcilier avec la domination étrangère. Aussi constatait-on dans certains villages que la jeunesse catholique s'enfuyait en France pour échapper au service militaire, tandis qu'il ne s'y trouvait pas un seul réfractaire protestant.

C'est qu'entre l'Allemagne et le clergé catholique d'Alsace-Lorraine, il y avait jusqu'ici des causes considérables d'éloignement. Élevé dans les séminaires fran-

Page 1