CHAPITRE PREMIER
Russie qui a dévoré en silence pendant quinze ans l'outrage de la limitation de sa flotte dans la mer Noire et qui n'a élevé la voix que le jour où elle a été à même de déchirer un traité humiliant. L'exemple que donne le gouvernement français devrait bien être imité par le pays, car on ne saurait croire combien les provocations de la presse et celles de la tribune nous font du tort ici. Quand on n'est pas assez fort pour jeter quelqu'un à la porte, il faut l'inviter poliment à s'en aller et ne pas lui laisser comprendre que lorsqu'il aura franchi votre seuil, on lui tirera un coup de revolver dans le dos. Mais je m'aperçois que je prêche un converti et qu'il est inutile d'insister auprès de vous. »
On peut voir à ces traits que, durant son séjour à Berlin, le marquis de Gabriac traversa des jours difficiles. Partout et à tout instant, il se heurtait à une opinion qui peut se résumer en quelques mots ;
l'Allemagne trouvait que la France se relevait trop vite. De là le langage haineux de la presse gerinanicpie. Les discours de Thiers à l'Assemblée nationale, ses visites dans les camps, toutes les entreprises ayant pour but la réorganisation militaire étaient prétexte à des articles violents qui n'étaient que l'écho des récriminations du cabinet de Berlin ou des notes impertinentes du comte de Waldersee, chargé d'affaires d'Allemagne à Paris. Lut/, ministre de l'instruction publique en Bavière, étant venu à Berlin, déclare à un membre du corps diplomatique, qui répète le propos à Gabriac, « que la haine contre la France est plus forte que jamais » . Il ajoute " que les Alsaciens sont de vraies brutes qui ne peuvent comprendre les x\llemands et que leur ignoble patois est inintelUgible pour ceux-ci. Voilà, fait-il, le résultat de deux siècles d'abjection. " De tels propos ne peuvent qu'offenser