CHAPITRE IX
que notre pays, hors d'état de se jeter dans une guerre de revanche, était tenu de comprimer les élans de son cœur, de vivre en bons termes avec ses ennemis et que c'était un devoir pour son gouvernement de pratiquer vis-à-vis d'eux une politique de résignation et d'attente ; mais il est plus aisé de prêcher la patience à des populations tombées sous le joug étranger que de la leur imposer, et c'est sans répugnance qu'elles accueillaient le projet d'autonomie dont elles ne voyaient pas les dessous trompeurs et perfides.
Il est vrai que pour le leur faire accepter, l'empereur et le prince de Bismarck avaient choisi, parmi les candidats au poste de statthalter, le maréchal de Manteuffel et c'est même sa nomination, qui allait faciliter l'application du nouveau régime. Le prestige du maréchal, au dire de Saint- Vallier, constituait un péril en ce sens qu'il rallierait à ce régime un grand nom-
bre de mécontents. Manteiiffel n'avait laissé en Lorraine, où il était resté longtemps comme commandant militaire, que de bons souvenirs; on se rappelait qu'en diverses circonstances, il s'était interposé en faveur des Alsaciens-Lorrains et les avait protégés contre le fonctionnarisme allemand en révélant un esprit d inflexible justice, tempéré par beaucoup d'humanité. Son goût du faste, sa 'générosité, sa bienfaisance, dont sa fortune et son traitement faciliteraient l'exercice, seraient pour lui des moyens d'action et attireraient des sympathies au régime qu'il allait inaugurer.
« Depuis 1871, écrivait-on, il n'a jamais cessé de dire que l'annexion a été une immense faute politique qui a affaibli l'empire en le chargeant d'une Vénétie et d'une Pologne et en creusant entre lui et la France un abîme de haine et de revendications séculaires qui amèneront un jour