CHAPITRE IX
être annexée à un autre pays que la Prusse, j'en mourrais de douleur si je ne pouvais me faire tuer auparavant et que je mépriserais comme les derniers des hommes ceux de mes compatriotes qui se feraient les serviteurs et les complaisants du conquérant. Eh bien! la manière dont on a gouverné jusqu'ici l'Alsace-Lorraine a amené l'administration allemande à considérercomme des ennemis, à traquer et à poursuivre tous les habitants dont je respecte le caractère et les sentiments et à chercher ses amis parmi ceux que je méprise et dont je me défie en raison même de la facihté avec laquelle ils ont oublié leur ancienne patrie pour se donner au vainqueur. "
De tels propos ne pouvaient qu'accroître l'estime et la déférence que l'ambassadeur avait antérieurement conçues pour le vieux soldat, mais le laissaient quelque peu incrédule sur le caractère pratique des intentions de celui-ci. Traiter les Alsaciens-
Lorrains comme il se proposait de le faire, ce serait leur assurer un sort tolérable. Mais pourrait-il réaliser ses desseins? Luimême en doutait et il l'avouait avec tristesse :
« Voyez la difficulté de ma situation, toute ma sympathie est pour les hommes qui forcément se détourneront de moi et qui seront mes adversaires, les députés protestationnistes et surtout le digne et vénérable évéque de Metz, Mgr Dupont des Loges, le prélat patriote dont j'admire la conduite et la résistance; je n'éprouve qu'éloignement pour ceux qui chercheront à m'accaparer, à m'entourer, à se jeter à ma tête, doubles renégats qui ne peuvent que me mentir comme ils ont menti à d'autres. Encore, si j'étais libre de les écarter, d'attirer leurs adversaires; mais on a eu soin de me composer à l'avance tout un personnel administratif qui me liera les mains. »