CHAPITRE X
rience, il possédait ce don de franchise qui parfois est une force dans les discussions délicates; il ne savait pas dissimuler sa pensée et le prouva au chancelier en lui demandant avec autant de simplicité que de bonhomie si la France devait s'inquiéter de sa présence à Vienne et s'alarmer des bruits mis en circulation relativement à une alliance austro-allemande.
Bismarck ne se fit pas prier pour répondre et le fit presque en riant. Sa réponse est abondante et s'inspire visiblement du besoin de convaincre son interlocuteur de sa sincérité, ce qui ne veut pas dire qu'elle est sincère. Avec ce grand •comédien, il n'est pas facile, quand il parle, de deviner s'il dit la vérité ou s'il ment. En tout cas, sincères ou menteuses, ses paroles méritent de figurer dans ce récit, car elles sont comme un écho du langage qu'à Berlin, il tient à Saint- Vallier afin de lui démontrer qu^il professe la plus haute
estime pour lui, pour le gouvernement de la République, pour le ministre Waddington et combien il est disposé à la bien- Aeillance envers eux.
« Je suis bien aise, affirme-t-il, que vous me fournissiez une occasion de vous faire connaître la vérité à cet égard et de démentir toutes les fausses conjectures qui pourront éveiller les préoccupations de votre gouvernement. Je ne suis pas de ceu.x qui se servent de la parole pour déguiser leur pensée. On m'a souvent accusé d'être un peu brutal, parce que je vais droit mon chemin sans chercher les voies détournées, les petites finesses, sans m'envelopper dans des ambiguïtés. Votre ancien ambassadeur, le comte de Gontaut-Biron, y excellait. Aussi je ne me suis pas gêné pour lui dire un jour : " Monsieur l'ambassadeur, « vous êtes entré dans la diplomatie deux ^< siècles trop tard. "
Après avoir donné en passant et sans