CHAPITRE X
lettre qu'il envoyait à Paris au commencement de 1880 : « Il est hors de doute qu'on agit à Berlin de façon à isoler la France en détachant d'elle ou en menaçant les puissances qui pourraient former avec elle un faisceau de résistance. "
On verra plus loin que c'était aussi l'opinion du général Ghanzy, notre ambassadeur à Saint-Pétersbourg. Bismarck était alors obsédé par la crainte d'un rapprochement entre la France et la Russie et, non content de s'efforcer de mettre les deux pays en défiance l'un de l'autre, il s'était allié à l'Autriche pour être en mesure, le cas échéant, de paralyser le rapprochement qu'il redoutait. Cette politique quelque peu ténébreuse ne l'empêchait pas de continuer à combler la France, dans la personne de Saint-Vallier, de prévenances et de déclarations d'amour.
Au mois d'octobre, le comte de Biilow, secrétaire d'Etat des affaires étrangères,
étant tombé gravement malade, dut abandonner ses fonctions. Les médecins l'envoyaient à Cannes où il mourut peu après. En attendant la désignation de son successeur, le comte de Radowitz fut chargé d'occuper le poste vacant. Dans les instructions que lui envoyait de Varzin le chancelier, il était dit :
« Faites savoir à M. de Saint- Vallier que dans les questions orientales, la politique de l'Allemagne sera dirigée par un double objectif : marcher d'accord avec la France sans jamais se séparer de rx\utriche-Hongrie. " A quekpies semaines de là il accentuera la note : " Ma politique en Orient consiste à appuyer et seconder l'Autriche, pour laquelle les affaires de la péninsule des Balkans ont un intérêt vital, et en second lieu, à complaire à la France dont j'apprécie depuis deux ans la poli-^ tique désintéressée. "
En dépit de ces propos, Waddington